
Château de l’Herm
Personnalités liées

Nicolas de Laâge de Meux
Propriétaire
Repères
- Protection
- Classé MH
- Construction
- 1500-1520
Présentation
Au milieu de la forêt Barade, sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, le château de l'Herm est l'un de ces monuments que la littérature a rendus célèbres pour de mauvaises raisons. Eugène Le Roy en fit en 1900 le décor de Jacquou le Croquant, y plaçant le tyrannique comte de Nansac et l'incendie vengeur des paysans. Le roman connut un succès immense, la télévision l'adapta, et l'on visite encore aujourd'hui un château que la tradition dit brûlé par une jacquerie. Les recherches archéologiques ont établi qu'il n'en fut rien.
Le vrai château de l'Herm est autre chose : un chef-d'œuvre du gothique flamboyant élevé entre 1500 et 1520 par une famille de notaires devenus grands serviteurs du roi, les Calvimont. Il ne connut pas de restauration majeure entre le début du XVIe siècle et le milieu du XVIIe, ce qui en fait un témoin rare de ce moment précis où le Moyen Âge finissant croise les premiers souffles de la Renaissance. Son histoire, en revanche, est d'une noirceur peu commune : l'assassinat de la dernière héritière en 1605 ouvrit un siècle de procès, de guet-apens et de brigandages qui vida la demeure de ses maîtres.
Ce sont ces critères qui ont décidé Nicolas de Laage de Meux à l'acquérir en 2020: Il cherchait un monument de la fin de la période médiévale ou du tout début de la Renaissance, un édifice non dénaturé par des ajouts des siècles suivants, et un cadre somptueux. « Tous les critères que je m'étais donnés, je les ai remplis », dit-il. Depuis, l'un des plus importants chantiers patrimoniaux privés de Nouvelle-Aquitaine a rendu au château ses charpentes, ses toitures, ses lucarnes et ses chemins de ronde.
Le site naît d'une frontière. Aux XIIe et XIIIe siècles, l'Herm se trouve pris en tenaille entre le comte de Périgord, dont l'allégeance oscille entre les couronnes d'Angleterre et de France, et le vicomte de Limoges, fidèle au roi. C'est dans ce contexte mouvant qu'apparaît une première occupation : des fossés creusés dans l'argile, une levée de terre, et une tour quadrangulaire élevée entre 1150 et 1250 environ, chemisée par le rempart de terre. Une maison forte, sans doute doublée d'une fonction de guet.
Plusieurs familles s'y succèdent sans qu'aucune, semble-t-il, y réside vraiment : les de l'Herm, les de La Roche, dont Hélie est cité seigneur de l'Herm entre 1336 et 1342, puis les de Montlouis, de 1360 à 1498. Le XIVe siècle voit s'ajouter une chapelle, des fours à pain et un châtelet, retrouvés lors des fouilles.
Tout change avec les Calvimont. Le premier du nom est un notaire installé à Plazac, au service de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Son fils, Jean de Calvimont, est un cas d'école d'ascension sociale au seuil de la Renaissance : notaire à son tour, puis avocat au parlement de Bordeaux dans les années 1490, il accède à la noblesse par l'achat de terres nobles, dont l'Herm à partir de 1498. Choisi comme procureur d'Alain d'Albret dans les négociations du mariage de César Borgia, il en tire des sommes considérables et porte dès lors le titre de conseiller du roi au parlement de Bordeaux. Le 7 janvier 1500, il rend hommage pour son château et seigneurie de l'Herm. Les transactions pour en réunir toutes les parts dureront jusqu'en 1512, voire 1520.
Son fils, prénommé Jean comme lui, hérite d'un chantier inachevé. Président au parlement de Bordeaux, il fait exécuter les créneaux, mâchicoulis, soliveaux, planchers, portes, fenêtres et vitres, et bâtir la chapelle des Sautiers ainsi que la grande grange. François Ier le désigne comme ambassadeur auprès de Charles Quint pour négocier la libération de ses fils détenus en Espagne. L'ambassade dure plus de deux ans et échoue complètement. Les archives le décrivent comme un homme terrible, ardent et impétueux.
Puis vient le drame. À la mort de son père en 1586, Marguerite de Calvimont demeure la seule descendante légitime, seule au château avec sa mère et sa grand-mère. Sa mère se remarie sans délai avec Foucaud d'Aubusson, capitaine ligueur et un temps gouverneur du Périgord, qui devient le tuteur de la jeune fille et organise son mariage avec son propre fils, François. Criblé de dettes issues des successions Calvimont, François d'Aubusson rentre à l'Herm le 30 janvier 1605 escorté de soldats. Le lundi, il enferme Marguerite dans la tour sud. Le mardi, elle écrit au seigneur de Pompadour en espérant être délivrée. Le mercredi, il se fait remettre les clés de ses cabinets et congédie ses femmes de chambre. Le jeudi 3 février, pendant qu'il chasse, une servante brièvement absente retrouve Marguerite morte, manifestement étouffée, dépouillée de ses bijoux. Elle est enterrée dans l'église des Sautiers comme une simple villageoise.
La suite est un feuilleton de cape et d'épée. Dans le mois qui suit, un Calvimont retranché à l'Herm disperse les meubles, coupe les forêts, emprisonne et blesse les témoins. François d'Aubusson épouse Marie d'Hautefort, est condamné par contumace en 1609 à un supplice dont la sentence ne sera jamais appliquée, et libéré sous caution. Les procès, accusations et meurtres durent des décennies, Marie d'Hautefort étant encore poursuivie par les héritiers Calvimont jusqu'à sa mort en 1653. Saisi en 1676, le château est vendu en 1682 pour 40 000 livres seulement, dans un état déjà médiocre.
Il est acquis cette année-là par une autre Marie d'Hautefort, veuve du maréchal duc de Schomberg, alors âgée de 66 ans, proche de Marie de Médicis, d'Anne d'Autriche et de Louis XIII, et célébrée sous le nom de l'Aurore. Elle vit à Paris et ne descendra jamais à l'Herm. Depuis 1682, le château n'a plus de seigneur : il sert de logement au fermier et de dépôt agricole. Les marquis d'Hautefort l'entretiennent malgré tout, comme le montrent les devis de couverture de 1735, les travaux de 1737 à 1739 et un nouveau suivi en 1759. Un état des lieux de 1778 décrit encore un château bien bâti, avec un escalier à vis en pierre de taille aussi solide que s'il était neuf.
C'est le XIXe siècle qui tue l'Herm. Endetté, le marquis vend en 1805, et le château passe de main en main sur fond de contestation judiciaire. L'acte de vente de 1830 le décrit pour la première fois en ruine. Or les études de Marie Palué ont montré ce qui s'était réellement passé : pas d'incendie, pas d'effondrement. Aucune trace de charpentes tombées, de maçonneries arrachées, d'ardoises jonchant le sol. On a trouvé en revanche des saignées pratiquées au droit des corbeaux, pour extraire les poutres sans les scier. Le château n'a pas été ruiné, il a été méthodiquement dépecé, ses couvertures, charpentes, menuiseries et planchers soigneusement déposés et revendus comme matériaux, très probablement entre 1805 et 1812.
Dans les années 1960, Charles Plassard rachète la ruine, la dégage de sa gangue de lierre et restaure la salle haute de la tour d'escalier, dite chambre du trésor. De 1988 à 2020, la famille Palué en est propriétaire et y mène un travail considérable de conservation, de recherche historique et de fouilles archéologiques, qui a permis de reconstituer la chronologie du site et de faire tomber les légendes. Nicolas de Laage de Meux acquiert le château en 2020.
La restauration de Nicolas de Laage de Meux
Le chantier engagé en 2020 est prévu pour durer sept ans, et la Fondation du patrimoine parle d'un projet s'étalant sur près de dix ans. Il est conduit sous la direction de l'architecte en chef des Monuments historiques, et s'appuie sur les recherches historiques, les relevés archéologiques et l'étude minutieuse des vestiges accumulés par les propriétaires précédents.
Le principe est celui d'une restitution. Le château avait perdu tous ses ouvrages charpentés : il fallait rétablir les charpentes, les couvertures, les lucarnes et les parapets disparus, restaurer les maçonneries et les parements intérieurs comme extérieurs, et remettre en œuvre des menuiseries qui n'existaient plus du tout. Après près de six ans de travaux, le logis a retrouvé sa charpente et sa couverture, ses lucarnes, ses sols et une partie de ses huisseries, ainsi que ses chemins de ronde. La tour d'escalier a fait l'objet d'une tranche dédiée, soutenue par la Fondation du patrimoine et désormais achevée. La silhouette du château, toits compris, a resurgi au-dessus des arbres.
Le monument a été classé en 2022 sous l'impulsion de l'Inspection des monuments historiques, et retenu en 2024 comme projet emblématique de la région Nouvelle-Aquitaine par la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern et la Fondation du patrimoine. Le propriétaire assume le sens de l'entreprise : sauver le château, le transmettre aux générations futures et en faire un lieu d'accueil et de partage. Il n'en fera pas une habitation principale mais une résidence très ponctuelle, l'essentiel du projet étant l'ouverture permanente à la visite d'avril à octobre et une programmation culturelle.
Le château neuf est venu remplacer la vieille tour de guet médiévale, dont une partie des maçonneries inférieures a été conservée, peut-être comme support d'un engin de levage. Il se compose d'un corps de logis rectangulaire d'environ vingt-cinq mètres sur dix, élevé sur trois niveaux, flanqué de tours et desservi par une unique tour d'escalier polygonale. Les douves, encore en eau, sont franchies par un pont dormant qui a remplacé le châtelet d'entrée et son pont-levis. Un ravelin fut ajouté à l'entrée, sans doute en réponse aux ravages de la Ligue dans les environs.
La tour d'escalier est la pièce maîtresse. Entièrement bâtie en pierre de taille, elle est percée d'un portail flamboyant animé de motifs végétaux d'une finesse rare, avec des personnages en armure qui montent la garde, et plus haut un homme et une femme qui semblent accueillir le visiteur. Le tympan a disparu, et son traitement reste à définir. À l'intérieur, l'escalier en vis, au noyau et aux marches sculptés, change de rythme selon les étages desservis, et les portes qu'il ouvre sont parfois timbrées d'un petit personnage. Il s'achève par une voûte en palmier, à nervures rayonnantes, l'un des derniers témoignages du flamboyant en Dordogne. Le château conserve enfin ses cheminées monumentales, dont le décor sculpté dit assez le prestige de ses bâtisseurs. Ce sont elles que l'inscription de 1927 a permis de sauver.
Le château est toujours en chantier, et les visites restent limitées. Elles se concentrent sur des ouvertures exceptionnelles, notamment lors des Journées européennes du patrimoine et de l'opération Châteaux en fête, en visite guidée d'une heure trente qui aborde autant l'histoire du monument que les découvertes du chantier, les savoir-faire des artisans et le projet culturel à venir. Des visites peuvent être organisées à la demande pour des groupes, et des ouvertures particulières sont réservées aux associations locales et régionales. Plus de 2 500 visiteurs guidés découvrent ainsi le chantier chaque année. Les visiteurs se garent à l'entrée du hameau et rejoignent le château à pied, à quelques centaines de mètres.
Le propriétaire voit aussi dans l'Herm un levier pour un secteur un peu délaissé de la Dordogne, sur l'axe entre Périgueux et la vallée de la Vézère, où la grotte de Rouffignac est aujourd'hui le seul grand pôle touristique. Des projets de pistes cyclables reliant le monument sont à l'étude.
Un nuage pèse cependant sur ce cadre forestier qui avait décidé de l'achat. Un projet de centrale agrivoltaïque de grande ampleur, porté par l'énergéticien allemand RWE, prévoit des panneaux de cinq à six mètres de haut dans la forêt Barade, les premiers à 700 mètres du château. Nicolas de Laage de Meux s'y oppose aux côtés de l'association de Sauvegarde de la forêt Barade, des communes concernées et de la communauté de communes de la Vallée de l'Homme. La décision appartient à la préfecture de région.
Le saviez-vous ?
Le château n'a jamais brûlé.
La tradition de l'incendie par les paysans vient du roman d'Eugène Le Roy, paru en 1900, et une plaque commémorative sur place a longtemps entretenu la confusion. En 1978, un témoin rapportait avoir lu à l'Herm un écriteau annonçant : ici, château de l'Herm, brûlé par Jacquou le Croquant.
Il n'a pas été ruiné mais dépecé.
Les archéologues ont relevé des saignées taillées dans la pierre au droit des corbeaux, qui permettaient d'extraire les poutres sans les couper. Un démontage soigné et systématique, destiné à revendre les matériaux.
La dernière héritière étranglée
Marguerite de Calvimont, dernière héritière du château, fut étranglée en février 1605 sur ordre de son mari, et enterrée dans l'église du hameau comme une simple villageoise.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite guidée
- À visiter
- Château
- Période d'ouverture
- Journées Européenne du Patrimoine et Châteaux en Fête. Ouverture réelle au public prévue en 2028. Chantier en cours
Vidéos
Articles
Galerie
Questions fréquentes
Oui, mais de façon limitée : le chantier est en cours. Le château ouvre exceptionnellement quelques fois par an, notamment lors des Journées européennes du patrimoine et de l'opération Châteaux en fête, en visite guidée d'une heure trente, sur réservation obligatoire. Des visites de groupe peuvent être organisées à la demande.
Présentation
Au milieu de la forêt Barade, sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, le château de l'Herm est l'un de ces monuments que la littérature a rendus célèbres pour de mauvaises raisons. Eugène Le Roy en fit en 1900 le décor de Jacquou le Croquant, y plaçant le tyrannique comte de Nansac et l'incendie vengeur des paysans. Le roman connut un succès immense, la télévision l'adapta, et l'on visite encore aujourd'hui un château que la tradition dit brûlé par une jacquerie. Les recherches archéologiques ont établi qu'il n'en fut rien.
Le vrai château de l'Herm est autre chose : un chef-d'œuvre du gothique flamboyant élevé entre 1500 et 1520 par une famille de notaires devenus grands serviteurs du roi, les Calvimont. Il ne connut pas de restauration majeure entre le début du XVIe siècle et le milieu du XVIIe, ce qui en fait un témoin rare de ce moment précis où le Moyen Âge finissant croise les premiers souffles de la Renaissance. Son histoire, en revanche, est d'une noirceur peu commune : l'assassinat de la dernière héritière en 1605 ouvrit un siècle de procès, de guet-apens et de brigandages qui vida la demeure de ses maîtres.
Ce sont ces critères qui ont décidé Nicolas de Laage de Meux à l'acquérir en 2020: Il cherchait un monument de la fin de la période médiévale ou du tout début de la Renaissance, un édifice non dénaturé par des ajouts des siècles suivants, et un cadre somptueux. « Tous les critères que je m'étais donnés, je les ai remplis », dit-il. Depuis, l'un des plus importants chantiers patrimoniaux privés de Nouvelle-Aquitaine a rendu au château ses charpentes, ses toitures, ses lucarnes et ses chemins de ronde.
Le site naît d'une frontière. Aux XIIe et XIIIe siècles, l'Herm se trouve pris en tenaille entre le comte de Périgord, dont l'allégeance oscille entre les couronnes d'Angleterre et de France, et le vicomte de Limoges, fidèle au roi. C'est dans ce contexte mouvant qu'apparaît une première occupation : des fossés creusés dans l'argile, une levée de terre, et une tour quadrangulaire élevée entre 1150 et 1250 environ, chemisée par le rempart de terre. Une maison forte, sans doute doublée d'une fonction de guet.
Plusieurs familles s'y succèdent sans qu'aucune, semble-t-il, y réside vraiment : les de l'Herm, les de La Roche, dont Hélie est cité seigneur de l'Herm entre 1336 et 1342, puis les de Montlouis, de 1360 à 1498. Le XIVe siècle voit s'ajouter une chapelle, des fours à pain et un châtelet, retrouvés lors des fouilles.
Tout change avec les Calvimont. Le premier du nom est un notaire installé à Plazac, au service de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Son fils, Jean de Calvimont, est un cas d'école d'ascension sociale au seuil de la Renaissance : notaire à son tour, puis avocat au parlement de Bordeaux dans les années 1490, il accède à la noblesse par l'achat de terres nobles, dont l'Herm à partir de 1498. Choisi comme procureur d'Alain d'Albret dans les négociations du mariage de César Borgia, il en tire des sommes considérables et porte dès lors le titre de conseiller du roi au parlement de Bordeaux. Le 7 janvier 1500, il rend hommage pour son château et seigneurie de l'Herm. Les transactions pour en réunir toutes les parts dureront jusqu'en 1512, voire 1520.
Son fils, prénommé Jean comme lui, hérite d'un chantier inachevé. Président au parlement de Bordeaux, il fait exécuter les créneaux, mâchicoulis, soliveaux, planchers, portes, fenêtres et vitres, et bâtir la chapelle des Sautiers ainsi que la grande grange. François Ier le désigne comme ambassadeur auprès de Charles Quint pour négocier la libération de ses fils détenus en Espagne. L'ambassade dure plus de deux ans et échoue complètement. Les archives le décrivent comme un homme terrible, ardent et impétueux.
Puis vient le drame. À la mort de son père en 1586, Marguerite de Calvimont demeure la seule descendante légitime, seule au château avec sa mère et sa grand-mère. Sa mère se remarie sans délai avec Foucaud d'Aubusson, capitaine ligueur et un temps gouverneur du Périgord, qui devient le tuteur de la jeune fille et organise son mariage avec son propre fils, François. Criblé de dettes issues des successions Calvimont, François d'Aubusson rentre à l'Herm le 30 janvier 1605 escorté de soldats. Le lundi, il enferme Marguerite dans la tour sud. Le mardi, elle écrit au seigneur de Pompadour en espérant être délivrée. Le mercredi, il se fait remettre les clés de ses cabinets et congédie ses femmes de chambre. Le jeudi 3 février, pendant qu'il chasse, une servante brièvement absente retrouve Marguerite morte, manifestement étouffée, dépouillée de ses bijoux. Elle est enterrée dans l'église des Sautiers comme une simple villageoise.
La suite est un feuilleton de cape et d'épée. Dans le mois qui suit, un Calvimont retranché à l'Herm disperse les meubles, coupe les forêts, emprisonne et blesse les témoins. François d'Aubusson épouse Marie d'Hautefort, est condamné par contumace en 1609 à un supplice dont la sentence ne sera jamais appliquée, et libéré sous caution. Les procès, accusations et meurtres durent des décennies, Marie d'Hautefort étant encore poursuivie par les héritiers Calvimont jusqu'à sa mort en 1653. Saisi en 1676, le château est vendu en 1682 pour 40 000 livres seulement, dans un état déjà médiocre.
Il est acquis cette année-là par une autre Marie d'Hautefort, veuve du maréchal duc de Schomberg, alors âgée de 66 ans, proche de Marie de Médicis, d'Anne d'Autriche et de Louis XIII, et célébrée sous le nom de l'Aurore. Elle vit à Paris et ne descendra jamais à l'Herm. Depuis 1682, le château n'a plus de seigneur : il sert de logement au fermier et de dépôt agricole. Les marquis d'Hautefort l'entretiennent malgré tout, comme le montrent les devis de couverture de 1735, les travaux de 1737 à 1739 et un nouveau suivi en 1759. Un état des lieux de 1778 décrit encore un château bien bâti, avec un escalier à vis en pierre de taille aussi solide que s'il était neuf.
C'est le XIXe siècle qui tue l'Herm. Endetté, le marquis vend en 1805, et le château passe de main en main sur fond de contestation judiciaire. L'acte de vente de 1830 le décrit pour la première fois en ruine. Or les études de Marie Palué ont montré ce qui s'était réellement passé : pas d'incendie, pas d'effondrement. Aucune trace de charpentes tombées, de maçonneries arrachées, d'ardoises jonchant le sol. On a trouvé en revanche des saignées pratiquées au droit des corbeaux, pour extraire les poutres sans les scier. Le château n'a pas été ruiné, il a été méthodiquement dépecé, ses couvertures, charpentes, menuiseries et planchers soigneusement déposés et revendus comme matériaux, très probablement entre 1805 et 1812.
Dans les années 1960, Charles Plassard rachète la ruine, la dégage de sa gangue de lierre et restaure la salle haute de la tour d'escalier, dite chambre du trésor. De 1988 à 2020, la famille Palué en est propriétaire et y mène un travail considérable de conservation, de recherche historique et de fouilles archéologiques, qui a permis de reconstituer la chronologie du site et de faire tomber les légendes. Nicolas de Laage de Meux acquiert le château en 2020.
La restauration de Nicolas de Laage de Meux
Le chantier engagé en 2020 est prévu pour durer sept ans, et la Fondation du patrimoine parle d'un projet s'étalant sur près de dix ans. Il est conduit sous la direction de l'architecte en chef des Monuments historiques, et s'appuie sur les recherches historiques, les relevés archéologiques et l'étude minutieuse des vestiges accumulés par les propriétaires précédents.
Le principe est celui d'une restitution. Le château avait perdu tous ses ouvrages charpentés : il fallait rétablir les charpentes, les couvertures, les lucarnes et les parapets disparus, restaurer les maçonneries et les parements intérieurs comme extérieurs, et remettre en œuvre des menuiseries qui n'existaient plus du tout. Après près de six ans de travaux, le logis a retrouvé sa charpente et sa couverture, ses lucarnes, ses sols et une partie de ses huisseries, ainsi que ses chemins de ronde. La tour d'escalier a fait l'objet d'une tranche dédiée, soutenue par la Fondation du patrimoine et désormais achevée. La silhouette du château, toits compris, a resurgi au-dessus des arbres.
Le monument a été classé en 2022 sous l'impulsion de l'Inspection des monuments historiques, et retenu en 2024 comme projet emblématique de la région Nouvelle-Aquitaine par la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern et la Fondation du patrimoine. Le propriétaire assume le sens de l'entreprise : sauver le château, le transmettre aux générations futures et en faire un lieu d'accueil et de partage. Il n'en fera pas une habitation principale mais une résidence très ponctuelle, l'essentiel du projet étant l'ouverture permanente à la visite d'avril à octobre et une programmation culturelle.
Le château neuf est venu remplacer la vieille tour de guet médiévale, dont une partie des maçonneries inférieures a été conservée, peut-être comme support d'un engin de levage. Il se compose d'un corps de logis rectangulaire d'environ vingt-cinq mètres sur dix, élevé sur trois niveaux, flanqué de tours et desservi par une unique tour d'escalier polygonale. Les douves, encore en eau, sont franchies par un pont dormant qui a remplacé le châtelet d'entrée et son pont-levis. Un ravelin fut ajouté à l'entrée, sans doute en réponse aux ravages de la Ligue dans les environs.
La tour d'escalier est la pièce maîtresse. Entièrement bâtie en pierre de taille, elle est percée d'un portail flamboyant animé de motifs végétaux d'une finesse rare, avec des personnages en armure qui montent la garde, et plus haut un homme et une femme qui semblent accueillir le visiteur. Le tympan a disparu, et son traitement reste à définir. À l'intérieur, l'escalier en vis, au noyau et aux marches sculptés, change de rythme selon les étages desservis, et les portes qu'il ouvre sont parfois timbrées d'un petit personnage. Il s'achève par une voûte en palmier, à nervures rayonnantes, l'un des derniers témoignages du flamboyant en Dordogne. Le château conserve enfin ses cheminées monumentales, dont le décor sculpté dit assez le prestige de ses bâtisseurs. Ce sont elles que l'inscription de 1927 a permis de sauver.
Le château est toujours en chantier, et les visites restent limitées. Elles se concentrent sur des ouvertures exceptionnelles, notamment lors des Journées européennes du patrimoine et de l'opération Châteaux en fête, en visite guidée d'une heure trente qui aborde autant l'histoire du monument que les découvertes du chantier, les savoir-faire des artisans et le projet culturel à venir. Des visites peuvent être organisées à la demande pour des groupes, et des ouvertures particulières sont réservées aux associations locales et régionales. Plus de 2 500 visiteurs guidés découvrent ainsi le chantier chaque année. Les visiteurs se garent à l'entrée du hameau et rejoignent le château à pied, à quelques centaines de mètres.
Le propriétaire voit aussi dans l'Herm un levier pour un secteur un peu délaissé de la Dordogne, sur l'axe entre Périgueux et la vallée de la Vézère, où la grotte de Rouffignac est aujourd'hui le seul grand pôle touristique. Des projets de pistes cyclables reliant le monument sont à l'étude.
Un nuage pèse cependant sur ce cadre forestier qui avait décidé de l'achat. Un projet de centrale agrivoltaïque de grande ampleur, porté par l'énergéticien allemand RWE, prévoit des panneaux de cinq à six mètres de haut dans la forêt Barade, les premiers à 700 mètres du château. Nicolas de Laage de Meux s'y oppose aux côtés de l'association de Sauvegarde de la forêt Barade, des communes concernées et de la communauté de communes de la Vallée de l'Homme. La décision appartient à la préfecture de région.
Le saviez-vous ?
Le château n'a jamais brûlé.
La tradition de l'incendie par les paysans vient du roman d'Eugène Le Roy, paru en 1900, et une plaque commémorative sur place a longtemps entretenu la confusion. En 1978, un témoin rapportait avoir lu à l'Herm un écriteau annonçant : ici, château de l'Herm, brûlé par Jacquou le Croquant.
Il n'a pas été ruiné mais dépecé.
Les archéologues ont relevé des saignées taillées dans la pierre au droit des corbeaux, qui permettaient d'extraire les poutres sans les couper. Un démontage soigné et systématique, destiné à revendre les matériaux.
La dernière héritière étranglée
Marguerite de Calvimont, dernière héritière du château, fut étranglée en février 1605 sur ordre de son mari, et enterrée dans l'église du hameau comme une simple villageoise.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite guidée
- À visiter
- Château
- Période d'ouverture
- Journées Européenne du Patrimoine et Châteaux en Fête. Ouverture réelle au public prévue en 2028. Chantier en cours
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Questions fréquentes
Oui, mais de façon limitée : le chantier est en cours. Le château ouvre exceptionnellement quelques fois par an, notamment lors des Journées européennes du patrimoine et de l'opération Châteaux en fête, en visite guidée d'une heure trente, sur réservation obligatoire. Des visites de groupe peuvent être organisées à la demande.

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