
Le château de l'Herm face à 110 hectares de panneaux solaires
En Dordogne, au cœur de la forêt Barade, un projet agrivoltaïque de grande ampleur doit voir le jour à 700 mètres du monument historique en cours de restauration...
Le château de l'Herm face à 110 hectares de panneaux solaires
En Dordogne, au cœur de la forêt Barade, un projet agrivoltaïque de grande ampleur doit voir le jour à 700 mètres d'un monument historique en cours de restauration. Son propriétaire, Nicolas de Laage de Meux, s'y oppose, avec les communes concernées et une association vieille de quarante ans. La décision revient désormais à la préfecture.
Quand Nicolas de Laage de Meux s'est mis en quête d'un château, il avait une liste de critères précise. Il voulait un monument de la fin du Moyen Âge ou du tout début de la Renaissance. Il le voulait intact, sans ces couches de restauration du XVIIe, du XVIIIe ou du XIXe siècle qui brouillent la lecture d'un édifice. Et il le voulait dans un cadre qui vaille la peine. Le château de l'Herm, sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, cochait les trois cases.
Le bâtiment n'a connu aucune restauration majeure entre le début du XVIe siècle et le milieu du XVIIe. Il est resté, selon les mots de son propriétaire, dans son jus. Quant au décor, il tient tout entier dans un nom : la forêt Barade, celle de Jacquou le Croquant, qui l'enserre de toutes parts. « Tous les critères que je m'étais donnés, je les ai remplis », résume-t-il.
C'est précisément le troisième qui est aujourd'hui menacé.
Cent dix hectares aux portes du monument
Depuis un an et demi, un projet de centrale agrivoltaïque se dessine aux abords immédiats du château. Le porteur en est RWE, énergéticien allemand, associé à un propriétaire foncier local qui possède la quasi-totalité des parcelles concernées et pour qui l'opération représenterait un revenu significatif.
L'ampleur donne le vertige. Cent dix hectares de panneaux, répartis sur trois communes : cinquante-deux à Rouffignac, quarante-quatre à Fossemagne, le reste à Milhac-d'Auberoche. Nicolas de Laage de Meux propose une unité de mesure plus parlante que l'hectare : environ 130 à 140 terrains de football. Les panneaux, de type agrivoltaïque, culmineraient à cinq ou six mètres de hauteur. Les premiers se trouveraient à 700 mètres du château.
Ce chiffre a son importance. Le périmètre de protection réglementaire d'un monument historique s'arrête à 500 mètres. Le projet passe donc, techniquement, à côté de la contrainte. « On est au-delà du périmètre de protection des 500 mètres, puisque les premières parcelles sont à 700 mètres. Mais tout de même, on est vraiment très très proches », souligne le propriétaire, qui insiste sur la co-visibilité : depuis le monument comme depuis les parcelles, la vue sera croisée.
Un projet contesté bien au-delà du château
Nicolas de Laage de Meux n'est pas seul. Il agit aux côtés de l'association de Sauvegarde de la forêt Barade, structure ancienne, née il y a une quarantaine d'années lors de l'implantation des décharges de Milhac-d'Auberoche, de Rouffignac et de Fossemagne. Le secteur a, comme le disent les opposants, déjà donné.
Les collectivités ont pris position sans ambiguïté. À Rouffignac, l'ancien conseil municipal s'était prononcé contre à l'unanimité ; le nouveau, issu des dernières élections, a confirmé ce refus. Même chose à Fossemagne, où les deux conseils successifs se sont opposés au projet. La communauté de communes de la Vallée de l'Homme s'y oppose également.
L'argumentaire dépasse largement la question patrimoniale. Les champs de panneaux seraient grillagés, interrompant la circulation de la faune. Plusieurs espèces rares sont menacées. S'ajoutent les questions de risque incendie et celle, plus fondamentale, de l'artificialisation des sols : installer une centrale industrielle au milieu de parcelles boisées, dans un contexte de réchauffement climatique, apparaît à ses opposants comme une contradiction. « C'est un projet qui n'a pas de sens », tranche Nicolas de Laage de Meux.
Il y a enfin le label. Rouffignac fait partie du Grand Site de France Vallée Vézère, une distinction difficile à obtenir et que la commune tient à protéger. Le château de l'Herm en fait partie intégrante.
Le 19 avril, une marche a été organisée. Les organisateurs espéraient une centaine de participants. Près de 450 personnes se sont déplacées. Le collectif s'est depuis élargi à un réseau d'associations luttant contre l'artificialisation des sols.
Une contradiction que le propriétaire souligne
L'aspect le plus troublant du dossier tient peut-être à ce paradoxe : le château de l'Herm est restauré en partie avec l'aide de l'État, dans le cadre d'un projet soutenu par le ministère de la Culture, tandis qu'une autre administration de ce même État instruit le permis de la centrale.
Car le chantier de l'Herm n'est pas une lubie privée. Le propriétaire ne destine pas le château à une résidence principale : il y séjournera de façon très ponctuelle. L'objectif est l'ouverture permanente à la visite sur la période la plus fréquentée en Dordogne, d'avril à octobre, assortie d'une programmation culturelle. « C'est un lieu où il va se passer des choses », annonce-t-il.
L'enjeu est aussi territorial. Sur l'axe qui relie Périgueux à la vallée de la Vézère, le secteur reste, de son propre aveu, un peu délaissé, malgré la présence de la grotte de Rouffignac. Développer une offre touristique ici aurait du sens, en offrant une étape à ceux qui circulent entre les deux pôles. Des projets de pistes cyclables rejoignant le monument sont d'ailleurs à l'étude, et de nombreux petits sentiers mènent déjà à l'Herm à travers les parcelles en question. Demain, marcheurs et cyclistes déboucheraient au milieu des panneaux.
« Il ne s'agit pas d'être contre la transition énergétique »
Le propriétaire de l'Herm se garde de tout procès d'intention envers le solaire. Sa position tient en une question de localisation. « Il ne s'agit pas d'être contre la transition énergétique. Il s'agit de se dire : est-ce qu'on est dans le territoire qu'il convient ? »
Les alternatives existent, plaide-t-il : les friches industrielles, les toitures, les abords d'autoroutes, autant de surfaces déjà artificialisées où ces installations trouveraient leur place sans sacrifier d'espaces naturels. « Mais là, en plein milieu de la forêt Barade, à proximité du château de l'Herm, ce serait pour moi une tristesse infinie que de voir s'installer ces panneaux. »
La décision appartient à la préfecture
Tous les dossiers sont aujourd'hui à l'étude. C'est la préfète de région qui délivrera, ou non, les permis de construire. Le porteur de projet devra d'ici là apporter des réponses sur les espèces protégées, la circulation de la faune, le risque incendie et l'impact visuel.
Les opposants entretiennent un dialogue régulier avec les services de l'État, qui les tiennent informés de l'avancement du dossier. Reste l'attente, et un espoir clairement formulé : « J'espère qu'on arrivera à faire échouer ce projet et que nos autorités seront suffisamment responsables et raisonnables pour décréter que ce n'est pas le lieu où il faut implanter des panneaux photovoltaïques. »
En attendant, la mobilisation continue. « On compte véritablement sur vous », conclut Nicolas de Laage de Meux.
Pour signer la pétition : https://c.org/G8N7B95x4c
Le château

Château de l’Herm
DordogneNouvelle-Aquitaine
Voir la ficheAvec

Nicolas de Laâge de Meux

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