
Château de Médavy
Personnalités liées

Jean-Louis Charon
Propriétaire
Repères
- Protection
- Classé MH
- Construction
- 1704-1725
Présentation
Avant de lire
Cette présentation s'appuie sur une visite filmée avant l'incendie du 24 au 25 septembre 2025, qui a détruit environ les deux tiers du château. Les pièces et les collections décrites plus bas n'existent donc plus toutes en l'état. Un point sur le sinistre et sur le chantier de reconstruction figure en fin de fiche.
Au sud de la Normandie, dans l'Orne, à une trentaine de kilomètres au nord d'Alençon et non loin du Haras national du Pin, le Versailles du cheval créé par Louis XIV, Médavy se dresse au bord de l'Orne, entouré de douves qu'elle alimente. Deux tours de la forteresse d'origine encadrent un corps de logis classique, d'une élégance qui a valu au château deux étoiles au Guide Vert Michelin.
L'intérieur tenait sa singularité d'un double parti pris : Jean-Louis Charon, plutôt porté vers le classique, et son épouse, passionnée d'art contemporain, y avaient mêlé les deux registres, avec des œuvres actuelles glissées dans les décors anciens. S'y ajoutaient une remarquable collection d'atlas, de cartes et de globes, des peintures anciennes de premier rang et des antiquités khmères.
Le site est castral dès 1070. Les Rouxel de Médavy, arrivés vers 1420 et éteints en 1728, l'ont tenu trois siècles durant, bâtissant et rebâtissant le château, donnant plusieurs évêques à Sées, un gouverneur à Argentan et deux maréchaux à la France, dont Jacques Rouxel, vainqueur de Castiglione en 1706 et maréchal en 1722.
L'événement fondateur du château actuel est un accident. Vers 1640, le régiment de Grancey stationnant sur place, une maladresse fait exploser le grand donjon médiéval où était entreposée la poudre. C'est de cette explosion que naît le château reconstruit, dont la salle des cartes est l'une des premières pièces.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un nouveau propriétaire lui donne son visage d'apparat : Pierre Thiroux de Montregard, surintendant des postes et relais de France, fait bâtir le vestibule et un grand escalier par l'architecte Joseph Brousseau, crée la salle à manger, le petit salon chinois et le grand salon, rachète les droits seigneuriaux de quatorze paroisses et obtient de Louis XV l'érection de Médavy en comté en 1760. Le général de Grancey, prédécesseur immédiat des propriétaires actuels, avait restitué les boiseries et les dessus-de-porte du grand salon.
L'escalier d'apparat de Joseph Brousseau, l'un des quatre qu'il réalisa dans la région après celui du palais épiscopal de Sées, distribuait l'étage noble. Celui-ci, aux grands volumes difficiles à chauffer, servait à la réception, tandis qu'on vivait au rez-de-chaussée, dans des pièces plus petites.
Au premier étage se succédaient la salle à manger, le petit salon chinois et le grand salon, ce dernier conservant un parquet en marqueterie de bois précieux, emblème du château, puis la salle des cartes, plus XVIIe de caractère. On y voyait un cabinet attribué à Pierre Gole, ébéniste de Louis XIV, une armoire-bibliothèque de son successeur, des fauteuils de Georges Jacob, deux portraits anglais de Thomas Lawrence, un buste de Jean de Rotrou par Caffieri, et surtout les deux globes de Coronelli datés de 1686, légèrement antérieurs à ceux offerts à Louis XIV et conservés aujourd'hui à la Bibliothèque nationale.
La collection d'atlas et de livres anciens faisait la réputation des lieux : un atlas de 1619 reprenant les cartes reconstituées d'après les écrits de Ptolémée, la table de Peutinger qui donne à voir le monde tel que le concevaient les Romains, et deux livres d'heures, l'un manuscrit de 1470 sorti de l'atelier du Maître de l'échevinage de Rouen, l'autre imprimé en 1515.
Le rez-de-chaussée, entièrement restauré, présentait les peintures les plus remarquables : une Adoration des mages de Véronèse, une Fuite en Égypte de Luca Giordano, une Pietà de Luis de Morales, une Vierge à l'Enfant du Pérugin, une Vierge à l'Enfant sculptée par Benedetto da Maiano vers 1480. Les lustres du château provenaient tous de l'hôtel Pozzo di Borgo à Paris. Deux figures de proue du XVIIe siècle en tilleul encadraient le départ de l'escalier.
À l'extérieur, la tour Cormeilles, plusieurs fois écroulée et rebâtie, avait été entièrement aménagée en espace d'art contemporain, après avoir servi de logement aux propriétaires pendant quatre ou cinq ans. L'autre tour abrite la chapelle, déplacée là depuis l'enceinte de la forteresse en 1722. Le haras, antérieur à la même date, et les communs complétaient l'ensemble, avec une salle de maquettes de bateaux réalisées à Madagascar.
La restauration menée avant l'incendie
Propriétaire depuis 2004, Jean-Louis Charon estimait avoir accompli un peu moins de la moitié de la restauration intérieure. Le rez-de-chaussée était achevé, avec ses galeries et trois chambres d'hôtes. Le vestibule, la salle à manger et le petit salon chinois attendaient encore leurs faux marbres et leurs décors peints.
Le chantier avait ses trouvailles. Dans le pavillon des Douves, seul endroit du château à avoir livré des décors peints datés des années 1615, des solives peintes découvertes presque par hasard devaient être démontées et confiées à un atelier de restauration. Un hémicycle de pierre entièrement disparu côté rivière avait été retrouvé et restauré. Les boiseries d'une chambre étaient reconstituées par l'ébéniste de la maison, les poutres anciennes rhabillées comme au XVIIIe siècle et doublées d'un IPN pour tenir l'étage, les parquets neufs choisis puis patinés pour s'accorder aux parquets authentiques voisins.
Dehors, la grande allée axiale, condamnée à la Révolution et jamais réouverte, avait été rétablie sur un kilomètre et vingt-sept mètres de large, replantée de chênes. Restait en projet une salle des fêtes dans le haras, et un jour peut-être la restitution des six hectares de jardins à la française que documente le plan terrier de 1760, avec ses parterres, ses bosquets, son labyrinthe et son pavillon chinois.
Dans la nuit du 24 au 25 septembre 2025, peu avant minuit, un violent incendie se déclare. Près de quatre-vingt-dix pompiers sont mobilisés toute la nuit, puisant l'eau des douves. Le feu se propage dans les toitures, le deuxième étage et une partie du corps central. Au matin, environ les deux tiers de l'édifice sont détruits : toitures, charpentes, une partie des maçonneries et des décors intérieurs. L'importance de la réserve d'eau des douves et l'ampleur des secours ont évité la destruction complète et permis de sauver une partie des collections. L'origine du sinistre n'a pas été rendue publique.
Le propriétaire a fait le choix d'une reconstruction à l'identique. Le coût est estimé à au moins quatorze millions d'euros, pour un plafond d'assurance de dix millions. Le château figure parmi les sites emblématiques retenus par le Loto du Patrimoine 2026, et une souscription est ouverte auprès de la Fondation du patrimoine, portée avec l'association des Amis de Médavy, avec un objectif de collecte de 500 000 euros. Jean-Louis Charon vise une réouverture au public à l'horizon 2029.
Le château est fermé à la visite. Avant l'incendie, il ouvrait toute l'année sur réservation et en juillet et août pour des visites guidées, avec des parcours thématiques consacrés à la tour d'art contemporain, aux cartes et atlas, et proposait trois chambres d'hôtes ainsi que la promenade du parc, lui aussi protégé.
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Avant de lire
Cette présentation s'appuie sur une visite filmée avant l'incendie du 24 au 25 septembre 2025, qui a détruit environ les deux tiers du château. Les pièces et les collections décrites plus bas n'existent donc plus toutes en l'état. Un point sur le sinistre et sur le chantier de reconstruction figure en fin de fiche.
Au sud de la Normandie, dans l'Orne, à une trentaine de kilomètres au nord d'Alençon et non loin du Haras national du Pin, le Versailles du cheval créé par Louis XIV, Médavy se dresse au bord de l'Orne, entouré de douves qu'elle alimente. Deux tours de la forteresse d'origine encadrent un corps de logis classique, d'une élégance qui a valu au château deux étoiles au Guide Vert Michelin.
L'intérieur tenait sa singularité d'un double parti pris : Jean-Louis Charon, plutôt porté vers le classique, et son épouse, passionnée d'art contemporain, y avaient mêlé les deux registres, avec des œuvres actuelles glissées dans les décors anciens. S'y ajoutaient une remarquable collection d'atlas, de cartes et de globes, des peintures anciennes de premier rang et des antiquités khmères.
Le site est castral dès 1070. Les Rouxel de Médavy, arrivés vers 1420 et éteints en 1728, l'ont tenu trois siècles durant, bâtissant et rebâtissant le château, donnant plusieurs évêques à Sées, un gouverneur à Argentan et deux maréchaux à la France, dont Jacques Rouxel, vainqueur de Castiglione en 1706 et maréchal en 1722.
L'événement fondateur du château actuel est un accident. Vers 1640, le régiment de Grancey stationnant sur place, une maladresse fait exploser le grand donjon médiéval où était entreposée la poudre. C'est de cette explosion que naît le château reconstruit, dont la salle des cartes est l'une des premières pièces.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un nouveau propriétaire lui donne son visage d'apparat : Pierre Thiroux de Montregard, surintendant des postes et relais de France, fait bâtir le vestibule et un grand escalier par l'architecte Joseph Brousseau, crée la salle à manger, le petit salon chinois et le grand salon, rachète les droits seigneuriaux de quatorze paroisses et obtient de Louis XV l'érection de Médavy en comté en 1760. Le général de Grancey, prédécesseur immédiat des propriétaires actuels, avait restitué les boiseries et les dessus-de-porte du grand salon.
L'escalier d'apparat de Joseph Brousseau, l'un des quatre qu'il réalisa dans la région après celui du palais épiscopal de Sées, distribuait l'étage noble. Celui-ci, aux grands volumes difficiles à chauffer, servait à la réception, tandis qu'on vivait au rez-de-chaussée, dans des pièces plus petites.
Au premier étage se succédaient la salle à manger, le petit salon chinois et le grand salon, ce dernier conservant un parquet en marqueterie de bois précieux, emblème du château, puis la salle des cartes, plus XVIIe de caractère. On y voyait un cabinet attribué à Pierre Gole, ébéniste de Louis XIV, une armoire-bibliothèque de son successeur, des fauteuils de Georges Jacob, deux portraits anglais de Thomas Lawrence, un buste de Jean de Rotrou par Caffieri, et surtout les deux globes de Coronelli datés de 1686, légèrement antérieurs à ceux offerts à Louis XIV et conservés aujourd'hui à la Bibliothèque nationale.
La collection d'atlas et de livres anciens faisait la réputation des lieux : un atlas de 1619 reprenant les cartes reconstituées d'après les écrits de Ptolémée, la table de Peutinger qui donne à voir le monde tel que le concevaient les Romains, et deux livres d'heures, l'un manuscrit de 1470 sorti de l'atelier du Maître de l'échevinage de Rouen, l'autre imprimé en 1515.
Le rez-de-chaussée, entièrement restauré, présentait les peintures les plus remarquables : une Adoration des mages de Véronèse, une Fuite en Égypte de Luca Giordano, une Pietà de Luis de Morales, une Vierge à l'Enfant du Pérugin, une Vierge à l'Enfant sculptée par Benedetto da Maiano vers 1480. Les lustres du château provenaient tous de l'hôtel Pozzo di Borgo à Paris. Deux figures de proue du XVIIe siècle en tilleul encadraient le départ de l'escalier.
À l'extérieur, la tour Cormeilles, plusieurs fois écroulée et rebâtie, avait été entièrement aménagée en espace d'art contemporain, après avoir servi de logement aux propriétaires pendant quatre ou cinq ans. L'autre tour abrite la chapelle, déplacée là depuis l'enceinte de la forteresse en 1722. Le haras, antérieur à la même date, et les communs complétaient l'ensemble, avec une salle de maquettes de bateaux réalisées à Madagascar.
La restauration menée avant l'incendie
Propriétaire depuis 2004, Jean-Louis Charon estimait avoir accompli un peu moins de la moitié de la restauration intérieure. Le rez-de-chaussée était achevé, avec ses galeries et trois chambres d'hôtes. Le vestibule, la salle à manger et le petit salon chinois attendaient encore leurs faux marbres et leurs décors peints.
Le chantier avait ses trouvailles. Dans le pavillon des Douves, seul endroit du château à avoir livré des décors peints datés des années 1615, des solives peintes découvertes presque par hasard devaient être démontées et confiées à un atelier de restauration. Un hémicycle de pierre entièrement disparu côté rivière avait été retrouvé et restauré. Les boiseries d'une chambre étaient reconstituées par l'ébéniste de la maison, les poutres anciennes rhabillées comme au XVIIIe siècle et doublées d'un IPN pour tenir l'étage, les parquets neufs choisis puis patinés pour s'accorder aux parquets authentiques voisins.
Dehors, la grande allée axiale, condamnée à la Révolution et jamais réouverte, avait été rétablie sur un kilomètre et vingt-sept mètres de large, replantée de chênes. Restait en projet une salle des fêtes dans le haras, et un jour peut-être la restitution des six hectares de jardins à la française que documente le plan terrier de 1760, avec ses parterres, ses bosquets, son labyrinthe et son pavillon chinois.
Dans la nuit du 24 au 25 septembre 2025, peu avant minuit, un violent incendie se déclare. Près de quatre-vingt-dix pompiers sont mobilisés toute la nuit, puisant l'eau des douves. Le feu se propage dans les toitures, le deuxième étage et une partie du corps central. Au matin, environ les deux tiers de l'édifice sont détruits : toitures, charpentes, une partie des maçonneries et des décors intérieurs. L'importance de la réserve d'eau des douves et l'ampleur des secours ont évité la destruction complète et permis de sauver une partie des collections. L'origine du sinistre n'a pas été rendue publique.
Le propriétaire a fait le choix d'une reconstruction à l'identique. Le coût est estimé à au moins quatorze millions d'euros, pour un plafond d'assurance de dix millions. Le château figure parmi les sites emblématiques retenus par le Loto du Patrimoine 2026, et une souscription est ouverte auprès de la Fondation du patrimoine, portée avec l'association des Amis de Médavy, avec un objectif de collecte de 500 000 euros. Jean-Louis Charon vise une réouverture au public à l'horizon 2029.
Le château est fermé à la visite. Avant l'incendie, il ouvrait toute l'année sur réservation et en juillet et août pour des visites guidées, avec des parcours thématiques consacrés à la tour d'art contemporain, aux cartes et atlas, et proposait trois chambres d'hôtes ainsi que la promenade du parc, lui aussi protégé.


