
Château du Villard
Bâti pour un mariage au XVe siècle, sauvé de la ruine cinq siècles plus tard.
En bref
- Construit en
- Fin du XVe siècle, à l'occasion du mariage de Delphine de Vachères et de Pierre de Mathieu
Présentation
Sur une colline du parc naturel régional du Luberon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le château du Villard doit son existence à un mariage. À la fin du XVe siècle, Delphine de Vachères, fille de Boniface de Vachères, épouse Pierre de Mathieu et reçoit en dot les seigneuries de Revest-des-Brousses et du Villard. Le couple fait bâtir ce château, un quadrilatère flanqué de tours d'angle, encore pensé pour la défense alors que les grandes guerres entre seigneurs s'achèvent : on y craint désormais moins les armées que les bandes de brigands.
Resté dans la même famille jusqu'à la Révolution, il n'a été vendu que deux fois en plus de cinq siècles. Transformé en ferme, amputé de ses courtines, encombré de constructions agricoles, il est finalement resté en vente vingt-cinq ans sans trouver preneur. Éric Sérée l'acquiert en 2020 et y engage cinq années de restauration, avec un principe simple : retirer ce qui avait été ajouté pour retrouver, autant que possible, le château du XVe siècle.
Le résultat se visite aujourd'hui en compagnie de son propriétaire, qui raconte à la fois les pierres et les collections rassemblées dans ces murs, dont un cabinet de curiosités constitué par sa propre famille depuis plus de trois siècles.
Les de Mathieu sont une famille de riche bourgeoisie originaire de Franche-Comté. En s'installant en Provence, ils achètent une charge anoblissante, celle de viguier de Forcalquier. Pierre de Mathieu exerce donc ici un pouvoir régalien de justice, avec droit de haute, moyenne et basse justice : le château n'est pas seulement une demeure, c'est un siège d'autorité.
La famille reste en place jusqu'à la Révolution, où elle est chassée et ses biens spoliés. Le château est alors loué en ferme, jusqu'en 1822, date de sa première vente à une famille locale, les Testanière. Il passe ensuite par mariage aux Gastinel, puis aux Paul, à qui Éric Sérée le rachète en 2020. Les nouveaux propriétaires de 1822 avaient gravé leur date à l'entrée, gravure toujours visible.
L'usage agricole transforme les lieux en profondeur. Dès la Révolution, la courtine sud est abattue pour ouvrir un chemin plus direct vers Saint-Michel-l'Observatoire. La courtine nord tient plus longtemps : une photographie transmise par les anciens propriétaires la montre encore debout dans les années 1920, elle disparaît dans les années 1930 à 1940. Le dallage d'origine du rez-de-chaussée est remplacé par du carrelage, le four de la cuisine et le sol de la chapelle sont détruits pour créer un escalier, une salle de bains est construite sur la terrasse, un étage est ajouté devant une tour. Les derniers propriétaires avaient entrepris d'aménager une dépendance en habitation, chantier arrêté net, qui a laissé le château à l'abandon.
La restauration d'Éric Sérée, après son acquisition en 2020...
Le travail a d'abord consisté à retirer. Éric Sérée appelle ces ajouts des verrues : le bâtiment adossé à la terrasse qui servait de forge et d'atelier, la salle de bains construite sur cette même terrasse, un grenier, une porcherie, et l'étage monté devant une tour, qu'il a fait déposer dès son arrivée. Le mur de la terrasse, dont seul l'angle subsistait, a été entièrement remonté. Un passage à brebis a laissé place à un escalier d'accès.
Les terrassements ont permis de retrouver le niveau du sol d'origine, les restes de calades de la cour, les fondations de la courtine nord et sa pierre de seuil encore en place. À l'étage, il a fallu étayer tout le haut du château, ouvrir les murs pour des greffes de pierre, refaire une voûte effondrée, retailler à l'identique une fenêtre à meneaux qui avait été abattue et murée, reprendre les fondations d'une tour lézardée, et retrouver des tomettes de même taille, de même époque et de même signature. Le sol de la chapelle a été refait.
Une part du travail relève de l'archéologie domestique. La pile de pierre, l'évier provençal de la cuisine, avait été jetée dans le ravin : elle y a été retrouvée à la pelle mécanique, et ses dimensions ont permis de déterminer son emplacement d'origine. Les crochets de charcuterie du plafond, la table de salaison, les éléments déposés ont été archivés plutôt que jetés. Dans la bergerie, les calades arrachées par un tracteur ont été consolidées sur place. Dans le jardin, une fouille partant d'un pilier a livré les fondations de l'enceinte : un carré de vingt mètres de côté, soit quatre cents mètres carrés clos de murs de pierre, aujourd'hui en cours de restitution.
Le propriétaire insiste sur sa part physique dans le chantier : travail de la pierre, manœuvre, démolition. Selon ses mots, il voulait mettre quelque chose de lui dans chaque pierre.
Le plan d'origine est un quadrilatère : deux corps de bâtiment flanqués de tours aux angles, reliés par une courtine au nord et une au sud, le tout enfermant une cour intérieure caladée, c'est-à-dire pavée de pierres plantées de chant à la provençale. Une cinquième tour, la tour d'entrée, abrite un escalier à pas de vis. Le château est un édifice défensif : trente-deux canonnières sont réparties sur son pourtour, et l'escalier tourne à droite, de façon à gêner l'assaillant droitier dans un combat au corps à corps. Un bassin adossé aux fortifications, alimenté par un grand bassin extérieur au moyen d'un petit aqueduc de pierre, assurait l'eau en cas d'attaque.
La hiérarchie sociale se lit dans les plafonds. Au rez-de-chaussée, domaine des domestiques, les pièces en enfilade sont couvertes de voûtes d'arêtes. À l'étage, les appartements nobles, un logis de trois pièces seulement, reçoivent des plafonds à la française, à la grande mode aux XVe et XVIe siècles. Une seule des quatre tours d'angle possède un plafond en coupole, symbole du ciel, et une petite fenêtre de type église : c'est l'oratoire, orné de vitraux Renaissance. Une autre, celle qui servait de bureau au seigneur, est la seule à posséder un grand demi-meneau, pour la lumière. Le château est bâti sur le rocher, dans lequel est taillée une cave entièrement voûtée.
Le château est habité et se visite guidé par son propriétaire, par groupes de douze personnes au maximum, sur réservation obligatoire, pour environ une heure trente d'intérieur et d'extérieur. La visite ouvre de mai à août. On y découvre le mobilier provençal du XVe au XVIIIe siècle, la chapelle et sa statuaire, le cabinet de curiosités familial, la bergerie devenue petite boutique au profit de la restauration, et le jardin médiéval en cours de restitution. Après la visite, une terrasse et un salon de thé donnent sur la vallée.
Le château accueille aussi des concerts, peut être loué pour des tournages et des prises de vue professionnelles, et propose un séjour pour deux personnes à partir de trois nuitées. L'association des Amis du Château du Villard soutient le chantier. Éric Sérée accueille volontiers les visiteurs, et aussi les bras : il reste beaucoup à faire.
Le saviez-vous ?
Vendu seulement deux fois en plus de cinq cents ans :
En 1822, puis en 2020. Entre-temps, il ne changea de mains que par mariages.
L'escalier tourne à droite.
Se battre à l'épée y est très inconfortable quand on monte, et l'époque ne laissait guère le choix : la main gauche était réputée celle du diable.
La table Louis XV et ses pieds retournés
Une table Louis XV du château a ses pieds escargot tournés vers l'intérieur, afin que les robes des dames ne s'y accrochent pas.
Visites et activités
Vidéos
Galerie
Contacter le château
Château du Villard vous invite à le contacter depuis son site :
Accéder à la page contactPrésentation
Sur une colline du parc naturel régional du Luberon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le château du Villard doit son existence à un mariage. À la fin du XVe siècle, Delphine de Vachères, fille de Boniface de Vachères, épouse Pierre de Mathieu et reçoit en dot les seigneuries de Revest-des-Brousses et du Villard. Le couple fait bâtir ce château, un quadrilatère flanqué de tours d'angle, encore pensé pour la défense alors que les grandes guerres entre seigneurs s'achèvent : on y craint désormais moins les armées que les bandes de brigands.
Resté dans la même famille jusqu'à la Révolution, il n'a été vendu que deux fois en plus de cinq siècles. Transformé en ferme, amputé de ses courtines, encombré de constructions agricoles, il est finalement resté en vente vingt-cinq ans sans trouver preneur. Éric Sérée l'acquiert en 2020 et y engage cinq années de restauration, avec un principe simple : retirer ce qui avait été ajouté pour retrouver, autant que possible, le château du XVe siècle.
Le résultat se visite aujourd'hui en compagnie de son propriétaire, qui raconte à la fois les pierres et les collections rassemblées dans ces murs, dont un cabinet de curiosités constitué par sa propre famille depuis plus de trois siècles.
Les de Mathieu sont une famille de riche bourgeoisie originaire de Franche-Comté. En s'installant en Provence, ils achètent une charge anoblissante, celle de viguier de Forcalquier. Pierre de Mathieu exerce donc ici un pouvoir régalien de justice, avec droit de haute, moyenne et basse justice : le château n'est pas seulement une demeure, c'est un siège d'autorité.
La famille reste en place jusqu'à la Révolution, où elle est chassée et ses biens spoliés. Le château est alors loué en ferme, jusqu'en 1822, date de sa première vente à une famille locale, les Testanière. Il passe ensuite par mariage aux Gastinel, puis aux Paul, à qui Éric Sérée le rachète en 2020. Les nouveaux propriétaires de 1822 avaient gravé leur date à l'entrée, gravure toujours visible.
L'usage agricole transforme les lieux en profondeur. Dès la Révolution, la courtine sud est abattue pour ouvrir un chemin plus direct vers Saint-Michel-l'Observatoire. La courtine nord tient plus longtemps : une photographie transmise par les anciens propriétaires la montre encore debout dans les années 1920, elle disparaît dans les années 1930 à 1940. Le dallage d'origine du rez-de-chaussée est remplacé par du carrelage, le four de la cuisine et le sol de la chapelle sont détruits pour créer un escalier, une salle de bains est construite sur la terrasse, un étage est ajouté devant une tour. Les derniers propriétaires avaient entrepris d'aménager une dépendance en habitation, chantier arrêté net, qui a laissé le château à l'abandon.
La restauration d'Éric Sérée, après son acquisition en 2020...
Le travail a d'abord consisté à retirer. Éric Sérée appelle ces ajouts des verrues : le bâtiment adossé à la terrasse qui servait de forge et d'atelier, la salle de bains construite sur cette même terrasse, un grenier, une porcherie, et l'étage monté devant une tour, qu'il a fait déposer dès son arrivée. Le mur de la terrasse, dont seul l'angle subsistait, a été entièrement remonté. Un passage à brebis a laissé place à un escalier d'accès.
Les terrassements ont permis de retrouver le niveau du sol d'origine, les restes de calades de la cour, les fondations de la courtine nord et sa pierre de seuil encore en place. À l'étage, il a fallu étayer tout le haut du château, ouvrir les murs pour des greffes de pierre, refaire une voûte effondrée, retailler à l'identique une fenêtre à meneaux qui avait été abattue et murée, reprendre les fondations d'une tour lézardée, et retrouver des tomettes de même taille, de même époque et de même signature. Le sol de la chapelle a été refait.
Une part du travail relève de l'archéologie domestique. La pile de pierre, l'évier provençal de la cuisine, avait été jetée dans le ravin : elle y a été retrouvée à la pelle mécanique, et ses dimensions ont permis de déterminer son emplacement d'origine. Les crochets de charcuterie du plafond, la table de salaison, les éléments déposés ont été archivés plutôt que jetés. Dans la bergerie, les calades arrachées par un tracteur ont été consolidées sur place. Dans le jardin, une fouille partant d'un pilier a livré les fondations de l'enceinte : un carré de vingt mètres de côté, soit quatre cents mètres carrés clos de murs de pierre, aujourd'hui en cours de restitution.
Le propriétaire insiste sur sa part physique dans le chantier : travail de la pierre, manœuvre, démolition. Selon ses mots, il voulait mettre quelque chose de lui dans chaque pierre.
Le plan d'origine est un quadrilatère : deux corps de bâtiment flanqués de tours aux angles, reliés par une courtine au nord et une au sud, le tout enfermant une cour intérieure caladée, c'est-à-dire pavée de pierres plantées de chant à la provençale. Une cinquième tour, la tour d'entrée, abrite un escalier à pas de vis. Le château est un édifice défensif : trente-deux canonnières sont réparties sur son pourtour, et l'escalier tourne à droite, de façon à gêner l'assaillant droitier dans un combat au corps à corps. Un bassin adossé aux fortifications, alimenté par un grand bassin extérieur au moyen d'un petit aqueduc de pierre, assurait l'eau en cas d'attaque.
La hiérarchie sociale se lit dans les plafonds. Au rez-de-chaussée, domaine des domestiques, les pièces en enfilade sont couvertes de voûtes d'arêtes. À l'étage, les appartements nobles, un logis de trois pièces seulement, reçoivent des plafonds à la française, à la grande mode aux XVe et XVIe siècles. Une seule des quatre tours d'angle possède un plafond en coupole, symbole du ciel, et une petite fenêtre de type église : c'est l'oratoire, orné de vitraux Renaissance. Une autre, celle qui servait de bureau au seigneur, est la seule à posséder un grand demi-meneau, pour la lumière. Le château est bâti sur le rocher, dans lequel est taillée une cave entièrement voûtée.
Le château est habité et se visite guidé par son propriétaire, par groupes de douze personnes au maximum, sur réservation obligatoire, pour environ une heure trente d'intérieur et d'extérieur. La visite ouvre de mai à août. On y découvre le mobilier provençal du XVe au XVIIIe siècle, la chapelle et sa statuaire, le cabinet de curiosités familial, la bergerie devenue petite boutique au profit de la restauration, et le jardin médiéval en cours de restitution. Après la visite, une terrasse et un salon de thé donnent sur la vallée.
Le château accueille aussi des concerts, peut être loué pour des tournages et des prises de vue professionnelles, et propose un séjour pour deux personnes à partir de trois nuitées. L'association des Amis du Château du Villard soutient le chantier. Éric Sérée accueille volontiers les visiteurs, et aussi les bras : il reste beaucoup à faire.
Le saviez-vous ?
Vendu seulement deux fois en plus de cinq cents ans :
En 1822, puis en 2020. Entre-temps, il ne changea de mains que par mariages.
L'escalier tourne à droite.
Se battre à l'épée y est très inconfortable quand on monte, et l'époque ne laissait guère le choix : la main gauche était réputée celle du diable.
La table Louis XV et ses pieds retournés
Une table Louis XV du château a ses pieds escargot tournés vers l'intérieur, afin que les robes des dames ne s'y accrochent pas.
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