
Château de la Ballue
Repères
- Protection
- Inscrit MH
- Construction
- XVIIe siècle
Présentation
La Ballue se dresse sur une colline des Marches de Bretagne, à Bazouges-la-Pérouse, là où se rencontrent les pays de Combourg et de Fougères. La position est stratégique, et l'a toujours été : dès la fin du Xe siècle, une forteresse y surveille la frontière, avec sa chapelle castrale, son donjon, son pigeonnier et son pont-levis. Au début du XVIIe siècle, Gilles Ruellan la fait abattre et bâtit à sa place un château Louis XIII en granit doré, qu'il couronne de terrasses et de jardins à l'italienne ouverts sur la vallée du Couesnon.
Ce qui fait aujourd'hui l'identité du lieu ne date pourtant ni du XVIIe, ni du XIXe. En 1973, l'éditrice Claude Arthaud rachète le domaine, alors retourné à l'état de prairie, et décide de réveiller ses jardins à une époque où plus personne ne s'y intéresse. Elle confie le chantier à deux architectes utopistes, Paul Maymont et François Hébert-Stevens, et fait naître un ensemble sans équivalent : chambres de verdure, colonnes d'ifs, arcades de glycines, et un labyrinthe taillé dans quinze cents ifs sur un plan que l'on attribue à Le Corbusier. Elle y reçoit ses amis artistes, Niki de Saint Phalle, Takis, Antoni Tàpies, et conçoit l'ensemble comme un musée à ciel ouvert.
Après un nouvel abandon au début des années 1990 et une première remise en état en 1996, Marie-Françoise Mathiot-Mathon et son époux Alain Mathon reprennent le château et ses jardins en 2005. Ils en ont fait l'un des grands lieux français de l'art topiaire, labellisé Jardin remarquable l'année même de leur arrivée.
Avant le château, il y a la forteresse. Dès la fin du Xe siècle, elle tient un rôle dans la défense du territoire. C'est par la famille Chesnel, proche de la maison ducale, que La Ballue se trouve mêlée aux grands épisodes de l'histoire bretonne. Pendant la guerre de la Ligue, dans le contexte sanglant des guerres de Religion, la population du pays vient s'y réfugier : le château appartient alors aux seigneurs de Québriac. Il passe ensuite au duc de Brissac, qui le reçoit d'Henri IV pour services rendus, puis est vendu en 1618 à Gilles Ruellan, roturier audacieux et fortuné. Wikipédia situe cet achat en 1620.
Ruellan fait table rase. La vieille forteresse tombe, un château Louis XIII la remplace, et Louis XIII érige la terre en marquisat en 1622. Homme de son temps, le nouveau marquis dote sa demeure de jardins à l'italienne inspirés du baroque florentin, étagés en terrasses ouvertes sur l'horizon, où la pensée humaniste se traduit en perspectives.
La Révolution rattrape le domaine. La Ballue se trouve tout près des terres du marquis Armand Tuffin de La Rouërie, instigateur de la conjuration bretonne, et son régisseur, Collin de la Conterie, compte parmi les plus fidèles compagnons du chef chouan. Le château devient un lieu de rendez-vous secret de la chouannerie. Après de multiples perquisitions, il est vendu comme bien national en 1792, tandis que le dernier marquis de Ruellan émigre en Allemagne. Quelques années plus tard, Balzac viendra y planter le décor des Chouans. Musset, Victor Hugo et Chateaubriand feront eux aussi de La Ballue une inspiration, le dernier vantant la beauté de ses jardins.
Le XIXe siècle apporte un épisode inattendu : des notables rennais rachètent le château et y installent une verrerie, dans la tradition du pays de Fougères. Puis vient la longue éclipse. Le site officiel date de 1942 le premier abandon. Le jardin redevient prairie, et l'on raconte qu'il servit même de champ de pommes de terre.
Claude Arthaud et la renaissance des jardins
Il faut donner à Claude Arthaud la place qui lui revient : sans elle, La Ballue serait un beau château de plus. Éditrice et femme d'avant-garde, elle achète en 1973 un château et une vaste prairie sauvage, à une époque où le sujet des jardins n'intéresse à peu près personne. Son idée est de renouer avec l'inspiration italienne d'origine, mais en la réinterprétant avec l'esprit de son siècle. Elle restaure la perspective classique, puis demande à Paul Maymont et François Hébert-Stevens, ce dernier neveu de l'architecte Robert Mallet-Stevens, de faire jaillir les chambres de verdure et le jardin en diagonale.
Elle y reçoit ses amis, et ils viennent : le romancier Marc Cholodenko, le sculpteur Takis, Niki de Saint Phalle, Antoni Tàpies, et l'on cite aussi Robert Rauschenberg. Le lieu devient un refuge d'artistes et un musée à ciel ouvert. En 1989, Vogue consacre plusieurs pages à ces jardins, signe de la place qu'ils ont prise dans le paysage culturel.
Puis vient la désuétude, au début des années 1990. Le jardin, laissé seul, se recompose de manière autonome sur la structure d'origine. C'est ainsi que Marie-France Barrère et Alain Schrotter le redécouvrent en 1996, à demi sauvage, et entreprennent de le restaurer. La protection au titre des Monuments historiques suit en 1998.
Les propriétaires actuels
Marie-Françoise Mathiot-Mathon et son époux Alain Mathon reprennent le château et les jardins en 2005. Leur parti pris est de prolonger l'esprit de Claude Arthaud plutôt que de le remplacer, tout en poussant plus loin l'art topiaire : la taille en transparence d'immenses pins de Monterey, les sculptures végétales, la pépinière de buis, l'aménagement du grand étang. La même année, les jardins obtiennent le label Jardin remarquable.
Ils ont aussi fait de La Ballue un lieu vivant toute l'année : chambres d'hôtes au château, salon de thé et boutique-librairie, accueil de tournages et de séances photo, et une saison culturelle qui mêle danse contemporaine, opéra baroque et rendez-vous consacrés à la taille. Marie-Françoise Mathiot-Mathon conduit elle-même certaines visites et raconte volontiers l'histoire du lieu, avec cette idée que les personnages attachés à cette terre bretonne ont toujours pris les défis de leur temps à bras-le-corps.
Le château est un pur XVIIe breton : un corps de logis central en granit doré, encadré de deux ailes en retour, dans le vocabulaire Louis XIII. Des communs subsistent la grande écurie, la tour de l'horloge, le cellier, deux remises et le passage central. L'orangerie, bâtie au XIXe siècle, a été transformée en salle d'exposition consacrée à l'art des jardins.
Mais l'architecture véritable de La Ballue est végétale, et elle se lit en deux registres. Le premier est classique : un jardin régulier et des terrasses qui prolongent le château et cadrent le panorama sur la vallée du Couesnon, selon une composition héritée du XVIIe siècle et restaurée par Claude Arthaud dans un esprit géométrique très moderne. Le second est maniériste, presque théâtral : une succession de chambres de verdure, un jardin en diagonale, une arcade de vingt-deux pieds de glycines appuyée sur des colonnes d'ifs, une charmille enfouie dans un bois de bouleaux, et le labyrinthe. Les architectes ont voulu donner à ces cheminements une dimension initiatique, où la surprise compte autant que le dessin.
Depuis 2005, les propriétaires ont ajouté leur propre couche : des sculptures végétales et des fantaisies de verdure qui ont fait de La Ballue une référence de l'art topiaire, une pépinière de buis créée en 2007, et l'aménagement du grand étang. Les jardins abritent toute l'année une collection de sculptures contemporaines, et le théâtre de verdure accueille des spectacles.
Les jardins se visitent librement de la mi-mars à la mi-novembre, tous les jours en haute saison, du jeudi au dimanche au printemps et à l'automne. Comptez une heure à une heure trente, avec un document de visite, un plan et un index botanique fournis en français, anglais et allemand. Le salon de thé et la boutique sont ouverts aux mêmes horaires.
Le château, lui, reste une demeure privée. Ses chambres d'hôtes permettent d'y séjourner, et le rez-de-chaussée s'ouvre exceptionnellement à la visite guidée, conduite par les propriétaires, lors des Journées européennes du patrimoine. La saison culturelle rythme l'année : week-end consacré à l'art topiaire au printemps, Rendez-vous aux jardins en juin, festival de danse Extension Sauvage, opéra baroque en été.
Le saviez-vous ?
Gilles Ruellan était un roturier.
C'est sa fortune, et non sa naissance, qui lui a valu de voir sa terre érigée en marquisat par Louis XIII en 1622.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite libre
- À visiter
- Parc et jardins
Vidéos
Galerie
Questions fréquentes
Les jardins se visitent librement de la mi-mars à la mi-novembre. Le château, lui, est une demeure privée : ses intérieurs ne s'ouvrent au public qu'exceptionnellement, notamment lors des Journées européennes du patrimoine, en visite guidée par les propriétaires. On peut en revanche y séjourner, le château proposant des chambres d'hôtes.
Présentation
La Ballue se dresse sur une colline des Marches de Bretagne, à Bazouges-la-Pérouse, là où se rencontrent les pays de Combourg et de Fougères. La position est stratégique, et l'a toujours été : dès la fin du Xe siècle, une forteresse y surveille la frontière, avec sa chapelle castrale, son donjon, son pigeonnier et son pont-levis. Au début du XVIIe siècle, Gilles Ruellan la fait abattre et bâtit à sa place un château Louis XIII en granit doré, qu'il couronne de terrasses et de jardins à l'italienne ouverts sur la vallée du Couesnon.
Ce qui fait aujourd'hui l'identité du lieu ne date pourtant ni du XVIIe, ni du XIXe. En 1973, l'éditrice Claude Arthaud rachète le domaine, alors retourné à l'état de prairie, et décide de réveiller ses jardins à une époque où plus personne ne s'y intéresse. Elle confie le chantier à deux architectes utopistes, Paul Maymont et François Hébert-Stevens, et fait naître un ensemble sans équivalent : chambres de verdure, colonnes d'ifs, arcades de glycines, et un labyrinthe taillé dans quinze cents ifs sur un plan que l'on attribue à Le Corbusier. Elle y reçoit ses amis artistes, Niki de Saint Phalle, Takis, Antoni Tàpies, et conçoit l'ensemble comme un musée à ciel ouvert.
Après un nouvel abandon au début des années 1990 et une première remise en état en 1996, Marie-Françoise Mathiot-Mathon et son époux Alain Mathon reprennent le château et ses jardins en 2005. Ils en ont fait l'un des grands lieux français de l'art topiaire, labellisé Jardin remarquable l'année même de leur arrivée.
Avant le château, il y a la forteresse. Dès la fin du Xe siècle, elle tient un rôle dans la défense du territoire. C'est par la famille Chesnel, proche de la maison ducale, que La Ballue se trouve mêlée aux grands épisodes de l'histoire bretonne. Pendant la guerre de la Ligue, dans le contexte sanglant des guerres de Religion, la population du pays vient s'y réfugier : le château appartient alors aux seigneurs de Québriac. Il passe ensuite au duc de Brissac, qui le reçoit d'Henri IV pour services rendus, puis est vendu en 1618 à Gilles Ruellan, roturier audacieux et fortuné. Wikipédia situe cet achat en 1620.
Ruellan fait table rase. La vieille forteresse tombe, un château Louis XIII la remplace, et Louis XIII érige la terre en marquisat en 1622. Homme de son temps, le nouveau marquis dote sa demeure de jardins à l'italienne inspirés du baroque florentin, étagés en terrasses ouvertes sur l'horizon, où la pensée humaniste se traduit en perspectives.
La Révolution rattrape le domaine. La Ballue se trouve tout près des terres du marquis Armand Tuffin de La Rouërie, instigateur de la conjuration bretonne, et son régisseur, Collin de la Conterie, compte parmi les plus fidèles compagnons du chef chouan. Le château devient un lieu de rendez-vous secret de la chouannerie. Après de multiples perquisitions, il est vendu comme bien national en 1792, tandis que le dernier marquis de Ruellan émigre en Allemagne. Quelques années plus tard, Balzac viendra y planter le décor des Chouans. Musset, Victor Hugo et Chateaubriand feront eux aussi de La Ballue une inspiration, le dernier vantant la beauté de ses jardins.
Le XIXe siècle apporte un épisode inattendu : des notables rennais rachètent le château et y installent une verrerie, dans la tradition du pays de Fougères. Puis vient la longue éclipse. Le site officiel date de 1942 le premier abandon. Le jardin redevient prairie, et l'on raconte qu'il servit même de champ de pommes de terre.
Claude Arthaud et la renaissance des jardins
Il faut donner à Claude Arthaud la place qui lui revient : sans elle, La Ballue serait un beau château de plus. Éditrice et femme d'avant-garde, elle achète en 1973 un château et une vaste prairie sauvage, à une époque où le sujet des jardins n'intéresse à peu près personne. Son idée est de renouer avec l'inspiration italienne d'origine, mais en la réinterprétant avec l'esprit de son siècle. Elle restaure la perspective classique, puis demande à Paul Maymont et François Hébert-Stevens, ce dernier neveu de l'architecte Robert Mallet-Stevens, de faire jaillir les chambres de verdure et le jardin en diagonale.
Elle y reçoit ses amis, et ils viennent : le romancier Marc Cholodenko, le sculpteur Takis, Niki de Saint Phalle, Antoni Tàpies, et l'on cite aussi Robert Rauschenberg. Le lieu devient un refuge d'artistes et un musée à ciel ouvert. En 1989, Vogue consacre plusieurs pages à ces jardins, signe de la place qu'ils ont prise dans le paysage culturel.
Puis vient la désuétude, au début des années 1990. Le jardin, laissé seul, se recompose de manière autonome sur la structure d'origine. C'est ainsi que Marie-France Barrère et Alain Schrotter le redécouvrent en 1996, à demi sauvage, et entreprennent de le restaurer. La protection au titre des Monuments historiques suit en 1998.
Les propriétaires actuels
Marie-Françoise Mathiot-Mathon et son époux Alain Mathon reprennent le château et les jardins en 2005. Leur parti pris est de prolonger l'esprit de Claude Arthaud plutôt que de le remplacer, tout en poussant plus loin l'art topiaire : la taille en transparence d'immenses pins de Monterey, les sculptures végétales, la pépinière de buis, l'aménagement du grand étang. La même année, les jardins obtiennent le label Jardin remarquable.
Ils ont aussi fait de La Ballue un lieu vivant toute l'année : chambres d'hôtes au château, salon de thé et boutique-librairie, accueil de tournages et de séances photo, et une saison culturelle qui mêle danse contemporaine, opéra baroque et rendez-vous consacrés à la taille. Marie-Françoise Mathiot-Mathon conduit elle-même certaines visites et raconte volontiers l'histoire du lieu, avec cette idée que les personnages attachés à cette terre bretonne ont toujours pris les défis de leur temps à bras-le-corps.
Le château est un pur XVIIe breton : un corps de logis central en granit doré, encadré de deux ailes en retour, dans le vocabulaire Louis XIII. Des communs subsistent la grande écurie, la tour de l'horloge, le cellier, deux remises et le passage central. L'orangerie, bâtie au XIXe siècle, a été transformée en salle d'exposition consacrée à l'art des jardins.
Mais l'architecture véritable de La Ballue est végétale, et elle se lit en deux registres. Le premier est classique : un jardin régulier et des terrasses qui prolongent le château et cadrent le panorama sur la vallée du Couesnon, selon une composition héritée du XVIIe siècle et restaurée par Claude Arthaud dans un esprit géométrique très moderne. Le second est maniériste, presque théâtral : une succession de chambres de verdure, un jardin en diagonale, une arcade de vingt-deux pieds de glycines appuyée sur des colonnes d'ifs, une charmille enfouie dans un bois de bouleaux, et le labyrinthe. Les architectes ont voulu donner à ces cheminements une dimension initiatique, où la surprise compte autant que le dessin.
Depuis 2005, les propriétaires ont ajouté leur propre couche : des sculptures végétales et des fantaisies de verdure qui ont fait de La Ballue une référence de l'art topiaire, une pépinière de buis créée en 2007, et l'aménagement du grand étang. Les jardins abritent toute l'année une collection de sculptures contemporaines, et le théâtre de verdure accueille des spectacles.
Les jardins se visitent librement de la mi-mars à la mi-novembre, tous les jours en haute saison, du jeudi au dimanche au printemps et à l'automne. Comptez une heure à une heure trente, avec un document de visite, un plan et un index botanique fournis en français, anglais et allemand. Le salon de thé et la boutique sont ouverts aux mêmes horaires.
Le château, lui, reste une demeure privée. Ses chambres d'hôtes permettent d'y séjourner, et le rez-de-chaussée s'ouvre exceptionnellement à la visite guidée, conduite par les propriétaires, lors des Journées européennes du patrimoine. La saison culturelle rythme l'année : week-end consacré à l'art topiaire au printemps, Rendez-vous aux jardins en juin, festival de danse Extension Sauvage, opéra baroque en été.
Le saviez-vous ?
Gilles Ruellan était un roturier.
C'est sa fortune, et non sa naissance, qui lui a valu de voir sa terre érigée en marquisat par Louis XIII en 1622.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite libre
- À visiter
- Parc et jardins
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Questions fréquentes
Les jardins se visitent librement de la mi-mars à la mi-novembre. Le château, lui, est une demeure privée : ses intérieurs ne s'ouvrent au public qu'exceptionnellement, notamment lors des Journées européennes du patrimoine, en visite guidée par les propriétaires. On peut en revanche y séjourner, le château proposant des chambres d'hôtes.
