
Château de Digoine
Personnalités liées
Repères
- Protection
- Classé MH
- Construction
- XVIIIe siècle
Présentation
Au cœur du Charolais-Brionnais, dans cette campagne bordée de haies, Digoine surprend d'emblée par sa dualité. Le château offre deux visages : une façade nord, baroque d'influence Louis XIV, ornée d'un avant-corps central et de mascarons, tournée vers un parc à l'anglaise et son étang ; et une façade sud, néoclassique, très Louis XVI, très 1780, ouverte sur un jardin à la française. On doit les deux à l'architecte bourguignon Edme Verniquet.
Ce château du XVIIIe siècle repose pourtant sur un socle bien plus ancien. De la forteresse médiévale subsistent les deux grandes tours, les deux pigeonniers devant la façade sud et les dépendances abritant les anciennes cuisines. C'est sur ces vestiges que la famille de Reclesne, arrivée au début du XVIIIe siècle, a fait bâtir un château moderne, comme on le faisait si souvent dans l'histoire des demeures françaises.
Digoine a la particularité d'avoir été racheté vide, en 2011. Le château avait été vendu à l'issue d'une longue indivision, son mobilier dispersé dans une vente aux enchères à Paris. Jean-Louis Remilleux, producteur de télévision et collectionneur, a acquis le château, puis racheté des pièces qui avaient une histoire avec le lieu. Il y a ajouté ses propres collections, en veillant à la cohérence de chaque objet avec l'époque de la pièce qui l'accueille.
Il y vit aujourd'hui pratiquement toute l'année, et le château, lui, est largement ouvert au public.
Les sources officielles retiennent la date de 1390, année du mariage de Robert de Damas avec Marie de Digoine, dernière représentante de sa famille : c'est sous le nom de Damas de Digoine que sont élevées les imposantes tours de la façade nord. La seigneurie s'inscrit alors comme la première des quatre baronnies du Charolais, et ses seigneurs tiennent une place prépondérante à la cour des ducs de Bourgogne. Cette période a ses épisodes pittoresques, voire sanglants : l'un des héritiers eut la tête tranchée pour avoir trahi le roi de France au profit des Bourguignons.
Le basculement vient avec les Reclesne, riche famille nivernaise qui rachète le domaine et rêve d'un renouveau plus fastueux. Les premiers travaux de reconstruction sont entrepris en 1723 et se poursuivront près d'un demi-siècle. En 1750, à mi-parcours, la famille fait appel à Edme Verniquet, qui avait déjà œuvré à Saint-Aubin-sur-Loire, à Lugny-lès-Charolles et au Vignault. C'est lui qui donne au château ses deux façades et son vestibule.
Vient ensuite le XIXe siècle et les Chabrillan, descendants des Reclesne, ce qui fait que le château est resté dans la même famille malgré le changement de nom. Jean-Louis Remilleux résume : à chaque nom son siècle, les Damas pour le Moyen Âge, les Reclesne pour le XVIIIe, les Chabrillan pour le XIXe. Le mariage du comte Aimé de Chabrillan, grand chambellan de France de Napoléon Ier, avec Zéphyrine Olympe de Choiseul-Gouffier scelle la transmission. Aide de camp de l'Empereur, le comte a fait toutes les campagnes napoléoniennes, dont la Russie, et en est revenu décoré et anobli.
Très mondains, vivant beaucoup à Paris, les Chabrillan transforment Digoine en lieu extrêmement couru. Entre 1825 et 1842, ils y ajoutent tout ce qui fait aujourd'hui son originalité : le petit théâtre dans les annexes médiévales, la bibliothèque néogothique, une chapelle bâtie dans les anciennes cuisines à la mort de la comtesse, et une serre équipée d'un chauffage au sol d'une rare modernité. Les décors de Clodion arrivent dans le vestibule.
En 1908, la marquise de Croix achète le domaine pour son fils Pierre, qui le transmet sur trois générations, la famille y menant elle aussi des aménagements. Puis l'indivision impose la vente. Jean-Louis Remilleux achète le château fin 2011 (ou début 2012 selon les sources), un château où l'on ne vivait plus que le printemps, l'été et un peu pendant la saison de chasse. Il n'y avait aucun chauffage. La première nuit qu'il y a passée, en février 2012, il faisait moins dix-sept.
Le vestibule d'entrée, avec son grand escalier, abrite ce qui pourrait bien être l'élément le plus singulier de Digoine : le décor d'une salle de bains parisienne du XVIIIe siècle. Il provient de l'hôtel de Besenval, aujourd'hui résidence de l'ambassadeur de Suisse, alors demeure du baron de Besenval, ami proche de Marie-Antoinette, qui avait commandé au sculpteur Clodion, pour le nymphée aménagé au sous-sol de son hôtel, ces consoles à énormes pattes de lion, ces bancs et ces reliefs aux scènes mythiques et aquatiques. À la fin de la période Chabrillan, les originaux ont été remis ou vendus au musée du Louvre, et remplacés ici par des copies en plâtre. Un seul original subsiste, au-dessus de l'escalier : une grande Toilette de Vénus, sans doute en trois parties comme Clodion pouvait le faire, dont l'attribution est discutée entre historiens. Le propriétaire penche pour Clodion, ou à défaut pour l'un de ses élèves.
Ce qui l'avait séduit lors de sa première visite, c'est l'enfilade des salons, comme dans les grands châteaux du XVIIIe siècle, et surtout ses dessus-de-porte en grisaille, restés intacts depuis la création du château. Ils n'ont pas été touchés, seulement nettoyés.
Le château compte deux salles à manger, l'une au nord pour l'été, où il fait plus frais, l'autre au sud pour l'hiver, où l'on va chercher le soleil. La première conserve, de chaque côté de la pièce, ses réchauffoirs et rafraîchissoirs d'origine, qui permettaient de tenir des bouteilles au frais ou de réchauffer les plats.
La bibliothèque est l'autre joyau. Dessinée et construite par le comte de Chabrillan vers 1840, dans ce style troubadour et néogothique alors très apprécié, elle n'a pas bougé et reste dans son jus, un buste d'époque de Charles X trônant sur sa cheminée. C'est aussi la seule pièce du château à ne pas être chauffée : tous les spécialistes, architectes en tête, l'en ont dissuadé, un radiateur risquant de faire éclater le bois et de dégrader les boiseries. Le comte, anobli par Napoléon, avait la fâcheuse tendance de mettre ses armes partout : on retrouve sa tour à patte d'ours sur la cheminée, sur les vitraux, un peu partout.
Les collections méritent le détour : des portraits de Mademoiselle de Blois et de Mademoiselle de Nantes, filles de Louis XIV et de Madame de Montespan, par Pierre Gobert, un portrait du cardinal de Richelieu par un élève de Philippe de Champaigne, un buste de Richelieu, une paire de vases de la manufacture de Lille offerts à Louis XVI pour la naissance du Dauphin, un portrait de Christine de Suède, les frères Montgolfier en plâtre et terre cuite, une jardinière due au décorateur Adam, une paire de cabinets espagnols d'époque Louis XIV en écaille de tortue, ébène, palissandre et ivoire racontant la prise de Grenade, un marbre du XVIIe siècle représentant Louis XIV de face, ce qui est rare, et deux grands portraits d'oiseaux, une autruche et un casoar, par Francis Barlow, l'illustrateur des fables d'Ésope au XVIIe siècle.
Le salon des jeux et de la chasse occupe le rez-de-chaussée d'une des deux tours médiévales, avec un accès direct au parc par des portes à double battant. Il abrite un grand tableau hollandais de chienne défendant son quignon, des tables de jeu Louis XV et, dans deux vitrines, deux loups naturalisés.
Le théâtre
Ces petits théâtres de société étaient fréquents dans les grands châteaux français, depuis le XVIIe siècle et surtout aux XVIIIe et XIXe, car ces demeures étaient loin de tout divertissement. Il faut se rappeler qu'on ne venait pas à Digoine pour trois jours comme aujourd'hui grâce au TGV, mais pour trois, quatre, cinq, huit semaines, domestiques et malles compris. On composait donc des impromptus, autant pour se divertir que pour faire plaisir à la maîtresse de maison. Les programmes retrouvés montrent des pièces destinées à se moquer gentiment des invités, à les mettre en scène et à créer entre eux des intrigues amoureuses.
Celui de Digoine, construit par le comte de Chabrillan, est daté des environs de 1830 à 1840 par son propriétaire, de 1842 par la plupart des sources. Le premier balcon porte les blasons des familles cousines des Chabrillan, et les armes du comte surmontent la scène. La salle compte cent places, soixante au parterre et quarante au balcon.
C'est ici que Sarah Bernhardt et Jacques Offenbach sont venus, invités par la comtesse de Chabrillan. Offenbach ne pouvait évidemment pas donner ses opéras bouffe sur une scène de cette taille : il est venu jouer le valet de comédie dans un impromptu, et les programmes conservés portent la mention du valet Jacques Offenbach.
Le rideau, dû à Ciceri, qui travailla beaucoup sous Napoléon III pour la Comédie-Française, l'Opéra Garnier et les châteaux de Compiègne et de Fontainebleau, avait été restauré à l'initiative des prédécesseurs. Le reste incombait au nouveau propriétaire, avec une ligne claire : respecter la patine et l'âme du lieu, ne pas tout redorer pour en faire une sorte de meringue. Nettoyer plutôt, restaurer les plâtres, recoller les papiers, car tout ici est de bois et de papier, refaire les tissus qui pourrissaient sur place, recapitonner les loges, reprendre les peintures écaillées. Ralenti par les études et par le Covid, le chantier a abouti : le théâtre est restauré depuis 2022.
Les jardins
Le domaine s'étend sur trente-cinq à quarante hectares selon les sources, et le label Jardin remarquable lui a été décerné en 2005. Côté nord, le parc à l'anglaise et son étang. Côté sud, le jardin à la française, prolongé par le propriétaire d'une roseraie de trois mille rosiers, mêlant rosiers anciens français, rosiers anglais et variétés contemporaines, rosiers tiges et petits rosiers, répartis dans des chambres d'if. Au printemps, des tapis de myosotis bleus portent un mélange de tulipes noires et roses, qui rivalisent fin avril et en mai avec les pivoines.
La serre, due au comte de Chabrillan et restaurée, est un autre monde. Plutôt que des serres tropicales exigeant un entretien minutieux, un taux d'humidité surveillé, du temps et du personnel, le propriétaire a fait le choix du plus simple et du plus personnel : il l'a plantée de végétaux siciliens, venus de sa propriété de Sicile. Bougainvillées, palmiers, jasmins, pamplemoussiers, orangers, citronniers et d'énormes agaves y ont pris des proportions extraordinaires, avec pour tout chauffage le soleil, exposition plein sud, et l'hiver un petit appoint contre le gel. Traverser la cour d'honneur suffit alors pour aller en Sicile quand la Sicile lui manque. On y déjeune parfois l'été, on y dîne aux bougies.
La restauration de Jean-Louis Remilleux
Le premier gros chantier n'a rien eu de spectaculaire : le chauffage. Cent vingt ou cent trente radiateurs ont été installés, en respectant les murs, les fresques et les décors. Ont suivi l'électricité, les chambres, les salles de bains, inexistantes jusque-là.
Le second chantier a été celui du mobilier. Racheter à la vente aux enchères parisienne les objets qui appartenaient à l'histoire du lieu, puis les compléter et les traquer partout : le portrait de la comtesse Zéphyrine Olympe de Chabrillan retrouvé dans une vente publique et rentré, selon ses mots, dans une maison qu'elle n'aurait jamais dû quitter ; les deux dessins signés de Verniquet représentant les façades du château ; et surtout, chez un antiquaire de Munich, la maquette en liège du château réalisée par Verniquet au XVIIIe siècle, procédé alors très utilisé en Bourgogne, dont le musée de Dijon conserve d'autres exemples. Comment elle était arrivée là, personne ne le sait.
Le résultat, selon son propriétaire, est un château qui montre aujourd'hui le visage d'une demeure du XVIIIe siècle, meublée comme elle pouvait l'être à cette époque, avec un confort agréable.
Digoine se visite d'avril à début novembre, en visite guidée pour le château et le théâtre, les jardins étant accessibles en visite libre. Les horaires varient selon la saison, avec fermeture le lundi et souvent le mardi hors haute saison, et le domaine ferme entre midi et quatorze heures en dehors de l'été. Des visites privilège, limitées à douze personnes et d'une durée d'une heure trente, sont proposées les week-ends de juillet et d'août : elles ouvrent des pièces habituellement fermées, du cabinet de curiosités au salon de musique, de la galerie aux estampes à la chambre de la comtesse, et jusqu'aux cuisines en sous-sol. Le domaine n'accepte ni carte bancaire, un détail à connaître avant de venir.
Avec douze mille visiteurs par an, le château rivalise avec les sites touristiques les plus fréquentés de Saône-et-Loire. Il vit surtout par sa programmation : le spectacle 1900, Les Étoiles au Château qui a réuni des danseurs de l'Opéra de Paris, Digoine en Fanfare qui rassemble les harmonies de la région, une fête médiévale créée en 2026, des soirées aux flambeaux où les salons se visitent à la lueur des bougies, une chasse aux œufs à Pâques, des journées réservées aux scolaires au printemps. Digoine est enfin l'un des lieux de tournage emblématiques de Secrets d'Histoire, émission créée et produite par son propriétaire.
Le saviez-vous ?
Le décor du vestibule vient de la salle de bains d'un hôtel particulier parisien, celui du baron de Besenval, ami de Marie-Antoinette, aujourd'hui résidence de l'ambassadeur de Suisse. Les originaux de Clodion sont au Louvre, sauf un, resté ici.
La maquette en liège du château, faite par l'architecte Verniquet au XVIIIe siècle, a été retrouvée par le propriétaire chez un antiquaire de Munich.
Le R de Reclesne est dessiné dans le fer forgé des balcons de la façade nord.
La bibliothèque est la seule pièce du château sans radiateur. Elle n'a jamais été chauffée, et la chauffer risquerait de faire éclater ses boiseries.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite guidée
- À visiter
- Château
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Questions fréquentes
Le château actuel a été aménagé au XVIIIe siècle.
Présentation
Au cœur du Charolais-Brionnais, dans cette campagne bordée de haies, Digoine surprend d'emblée par sa dualité. Le château offre deux visages : une façade nord, baroque d'influence Louis XIV, ornée d'un avant-corps central et de mascarons, tournée vers un parc à l'anglaise et son étang ; et une façade sud, néoclassique, très Louis XVI, très 1780, ouverte sur un jardin à la française. On doit les deux à l'architecte bourguignon Edme Verniquet.
Ce château du XVIIIe siècle repose pourtant sur un socle bien plus ancien. De la forteresse médiévale subsistent les deux grandes tours, les deux pigeonniers devant la façade sud et les dépendances abritant les anciennes cuisines. C'est sur ces vestiges que la famille de Reclesne, arrivée au début du XVIIIe siècle, a fait bâtir un château moderne, comme on le faisait si souvent dans l'histoire des demeures françaises.
Digoine a la particularité d'avoir été racheté vide, en 2011. Le château avait été vendu à l'issue d'une longue indivision, son mobilier dispersé dans une vente aux enchères à Paris. Jean-Louis Remilleux, producteur de télévision et collectionneur, a acquis le château, puis racheté des pièces qui avaient une histoire avec le lieu. Il y a ajouté ses propres collections, en veillant à la cohérence de chaque objet avec l'époque de la pièce qui l'accueille.
Il y vit aujourd'hui pratiquement toute l'année, et le château, lui, est largement ouvert au public.
Les sources officielles retiennent la date de 1390, année du mariage de Robert de Damas avec Marie de Digoine, dernière représentante de sa famille : c'est sous le nom de Damas de Digoine que sont élevées les imposantes tours de la façade nord. La seigneurie s'inscrit alors comme la première des quatre baronnies du Charolais, et ses seigneurs tiennent une place prépondérante à la cour des ducs de Bourgogne. Cette période a ses épisodes pittoresques, voire sanglants : l'un des héritiers eut la tête tranchée pour avoir trahi le roi de France au profit des Bourguignons.
Le basculement vient avec les Reclesne, riche famille nivernaise qui rachète le domaine et rêve d'un renouveau plus fastueux. Les premiers travaux de reconstruction sont entrepris en 1723 et se poursuivront près d'un demi-siècle. En 1750, à mi-parcours, la famille fait appel à Edme Verniquet, qui avait déjà œuvré à Saint-Aubin-sur-Loire, à Lugny-lès-Charolles et au Vignault. C'est lui qui donne au château ses deux façades et son vestibule.
Vient ensuite le XIXe siècle et les Chabrillan, descendants des Reclesne, ce qui fait que le château est resté dans la même famille malgré le changement de nom. Jean-Louis Remilleux résume : à chaque nom son siècle, les Damas pour le Moyen Âge, les Reclesne pour le XVIIIe, les Chabrillan pour le XIXe. Le mariage du comte Aimé de Chabrillan, grand chambellan de France de Napoléon Ier, avec Zéphyrine Olympe de Choiseul-Gouffier scelle la transmission. Aide de camp de l'Empereur, le comte a fait toutes les campagnes napoléoniennes, dont la Russie, et en est revenu décoré et anobli.
Très mondains, vivant beaucoup à Paris, les Chabrillan transforment Digoine en lieu extrêmement couru. Entre 1825 et 1842, ils y ajoutent tout ce qui fait aujourd'hui son originalité : le petit théâtre dans les annexes médiévales, la bibliothèque néogothique, une chapelle bâtie dans les anciennes cuisines à la mort de la comtesse, et une serre équipée d'un chauffage au sol d'une rare modernité. Les décors de Clodion arrivent dans le vestibule.
En 1908, la marquise de Croix achète le domaine pour son fils Pierre, qui le transmet sur trois générations, la famille y menant elle aussi des aménagements. Puis l'indivision impose la vente. Jean-Louis Remilleux achète le château fin 2011 (ou début 2012 selon les sources), un château où l'on ne vivait plus que le printemps, l'été et un peu pendant la saison de chasse. Il n'y avait aucun chauffage. La première nuit qu'il y a passée, en février 2012, il faisait moins dix-sept.
Le vestibule d'entrée, avec son grand escalier, abrite ce qui pourrait bien être l'élément le plus singulier de Digoine : le décor d'une salle de bains parisienne du XVIIIe siècle. Il provient de l'hôtel de Besenval, aujourd'hui résidence de l'ambassadeur de Suisse, alors demeure du baron de Besenval, ami proche de Marie-Antoinette, qui avait commandé au sculpteur Clodion, pour le nymphée aménagé au sous-sol de son hôtel, ces consoles à énormes pattes de lion, ces bancs et ces reliefs aux scènes mythiques et aquatiques. À la fin de la période Chabrillan, les originaux ont été remis ou vendus au musée du Louvre, et remplacés ici par des copies en plâtre. Un seul original subsiste, au-dessus de l'escalier : une grande Toilette de Vénus, sans doute en trois parties comme Clodion pouvait le faire, dont l'attribution est discutée entre historiens. Le propriétaire penche pour Clodion, ou à défaut pour l'un de ses élèves.
Ce qui l'avait séduit lors de sa première visite, c'est l'enfilade des salons, comme dans les grands châteaux du XVIIIe siècle, et surtout ses dessus-de-porte en grisaille, restés intacts depuis la création du château. Ils n'ont pas été touchés, seulement nettoyés.
Le château compte deux salles à manger, l'une au nord pour l'été, où il fait plus frais, l'autre au sud pour l'hiver, où l'on va chercher le soleil. La première conserve, de chaque côté de la pièce, ses réchauffoirs et rafraîchissoirs d'origine, qui permettaient de tenir des bouteilles au frais ou de réchauffer les plats.
La bibliothèque est l'autre joyau. Dessinée et construite par le comte de Chabrillan vers 1840, dans ce style troubadour et néogothique alors très apprécié, elle n'a pas bougé et reste dans son jus, un buste d'époque de Charles X trônant sur sa cheminée. C'est aussi la seule pièce du château à ne pas être chauffée : tous les spécialistes, architectes en tête, l'en ont dissuadé, un radiateur risquant de faire éclater le bois et de dégrader les boiseries. Le comte, anobli par Napoléon, avait la fâcheuse tendance de mettre ses armes partout : on retrouve sa tour à patte d'ours sur la cheminée, sur les vitraux, un peu partout.
Les collections méritent le détour : des portraits de Mademoiselle de Blois et de Mademoiselle de Nantes, filles de Louis XIV et de Madame de Montespan, par Pierre Gobert, un portrait du cardinal de Richelieu par un élève de Philippe de Champaigne, un buste de Richelieu, une paire de vases de la manufacture de Lille offerts à Louis XVI pour la naissance du Dauphin, un portrait de Christine de Suède, les frères Montgolfier en plâtre et terre cuite, une jardinière due au décorateur Adam, une paire de cabinets espagnols d'époque Louis XIV en écaille de tortue, ébène, palissandre et ivoire racontant la prise de Grenade, un marbre du XVIIe siècle représentant Louis XIV de face, ce qui est rare, et deux grands portraits d'oiseaux, une autruche et un casoar, par Francis Barlow, l'illustrateur des fables d'Ésope au XVIIe siècle.
Le salon des jeux et de la chasse occupe le rez-de-chaussée d'une des deux tours médiévales, avec un accès direct au parc par des portes à double battant. Il abrite un grand tableau hollandais de chienne défendant son quignon, des tables de jeu Louis XV et, dans deux vitrines, deux loups naturalisés.
Le théâtre
Ces petits théâtres de société étaient fréquents dans les grands châteaux français, depuis le XVIIe siècle et surtout aux XVIIIe et XIXe, car ces demeures étaient loin de tout divertissement. Il faut se rappeler qu'on ne venait pas à Digoine pour trois jours comme aujourd'hui grâce au TGV, mais pour trois, quatre, cinq, huit semaines, domestiques et malles compris. On composait donc des impromptus, autant pour se divertir que pour faire plaisir à la maîtresse de maison. Les programmes retrouvés montrent des pièces destinées à se moquer gentiment des invités, à les mettre en scène et à créer entre eux des intrigues amoureuses.
Celui de Digoine, construit par le comte de Chabrillan, est daté des environs de 1830 à 1840 par son propriétaire, de 1842 par la plupart des sources. Le premier balcon porte les blasons des familles cousines des Chabrillan, et les armes du comte surmontent la scène. La salle compte cent places, soixante au parterre et quarante au balcon.
C'est ici que Sarah Bernhardt et Jacques Offenbach sont venus, invités par la comtesse de Chabrillan. Offenbach ne pouvait évidemment pas donner ses opéras bouffe sur une scène de cette taille : il est venu jouer le valet de comédie dans un impromptu, et les programmes conservés portent la mention du valet Jacques Offenbach.
Le rideau, dû à Ciceri, qui travailla beaucoup sous Napoléon III pour la Comédie-Française, l'Opéra Garnier et les châteaux de Compiègne et de Fontainebleau, avait été restauré à l'initiative des prédécesseurs. Le reste incombait au nouveau propriétaire, avec une ligne claire : respecter la patine et l'âme du lieu, ne pas tout redorer pour en faire une sorte de meringue. Nettoyer plutôt, restaurer les plâtres, recoller les papiers, car tout ici est de bois et de papier, refaire les tissus qui pourrissaient sur place, recapitonner les loges, reprendre les peintures écaillées. Ralenti par les études et par le Covid, le chantier a abouti : le théâtre est restauré depuis 2022.
Les jardins
Le domaine s'étend sur trente-cinq à quarante hectares selon les sources, et le label Jardin remarquable lui a été décerné en 2005. Côté nord, le parc à l'anglaise et son étang. Côté sud, le jardin à la française, prolongé par le propriétaire d'une roseraie de trois mille rosiers, mêlant rosiers anciens français, rosiers anglais et variétés contemporaines, rosiers tiges et petits rosiers, répartis dans des chambres d'if. Au printemps, des tapis de myosotis bleus portent un mélange de tulipes noires et roses, qui rivalisent fin avril et en mai avec les pivoines.
La serre, due au comte de Chabrillan et restaurée, est un autre monde. Plutôt que des serres tropicales exigeant un entretien minutieux, un taux d'humidité surveillé, du temps et du personnel, le propriétaire a fait le choix du plus simple et du plus personnel : il l'a plantée de végétaux siciliens, venus de sa propriété de Sicile. Bougainvillées, palmiers, jasmins, pamplemoussiers, orangers, citronniers et d'énormes agaves y ont pris des proportions extraordinaires, avec pour tout chauffage le soleil, exposition plein sud, et l'hiver un petit appoint contre le gel. Traverser la cour d'honneur suffit alors pour aller en Sicile quand la Sicile lui manque. On y déjeune parfois l'été, on y dîne aux bougies.
La restauration de Jean-Louis Remilleux
Le premier gros chantier n'a rien eu de spectaculaire : le chauffage. Cent vingt ou cent trente radiateurs ont été installés, en respectant les murs, les fresques et les décors. Ont suivi l'électricité, les chambres, les salles de bains, inexistantes jusque-là.
Le second chantier a été celui du mobilier. Racheter à la vente aux enchères parisienne les objets qui appartenaient à l'histoire du lieu, puis les compléter et les traquer partout : le portrait de la comtesse Zéphyrine Olympe de Chabrillan retrouvé dans une vente publique et rentré, selon ses mots, dans une maison qu'elle n'aurait jamais dû quitter ; les deux dessins signés de Verniquet représentant les façades du château ; et surtout, chez un antiquaire de Munich, la maquette en liège du château réalisée par Verniquet au XVIIIe siècle, procédé alors très utilisé en Bourgogne, dont le musée de Dijon conserve d'autres exemples. Comment elle était arrivée là, personne ne le sait.
Le résultat, selon son propriétaire, est un château qui montre aujourd'hui le visage d'une demeure du XVIIIe siècle, meublée comme elle pouvait l'être à cette époque, avec un confort agréable.
Digoine se visite d'avril à début novembre, en visite guidée pour le château et le théâtre, les jardins étant accessibles en visite libre. Les horaires varient selon la saison, avec fermeture le lundi et souvent le mardi hors haute saison, et le domaine ferme entre midi et quatorze heures en dehors de l'été. Des visites privilège, limitées à douze personnes et d'une durée d'une heure trente, sont proposées les week-ends de juillet et d'août : elles ouvrent des pièces habituellement fermées, du cabinet de curiosités au salon de musique, de la galerie aux estampes à la chambre de la comtesse, et jusqu'aux cuisines en sous-sol. Le domaine n'accepte ni carte bancaire, un détail à connaître avant de venir.
Avec douze mille visiteurs par an, le château rivalise avec les sites touristiques les plus fréquentés de Saône-et-Loire. Il vit surtout par sa programmation : le spectacle 1900, Les Étoiles au Château qui a réuni des danseurs de l'Opéra de Paris, Digoine en Fanfare qui rassemble les harmonies de la région, une fête médiévale créée en 2026, des soirées aux flambeaux où les salons se visitent à la lueur des bougies, une chasse aux œufs à Pâques, des journées réservées aux scolaires au printemps. Digoine est enfin l'un des lieux de tournage emblématiques de Secrets d'Histoire, émission créée et produite par son propriétaire.
Le saviez-vous ?
Le décor du vestibule vient de la salle de bains d'un hôtel particulier parisien, celui du baron de Besenval, ami de Marie-Antoinette, aujourd'hui résidence de l'ambassadeur de Suisse. Les originaux de Clodion sont au Louvre, sauf un, resté ici.
La maquette en liège du château, faite par l'architecte Verniquet au XVIIIe siècle, a été retrouvée par le propriétaire chez un antiquaire de Munich.
Le R de Reclesne est dessiné dans le fer forgé des balcons de la façade nord.
La bibliothèque est la seule pièce du château sans radiateur. Elle n'a jamais été chauffée, et la chauffer risquerait de faire éclater ses boiseries.
Visites et activités
Visites
- Types de visite
- Visite guidée
- À visiter
- Château
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Questions fréquentes
Le château actuel a été aménagé au XVIIIe siècle.

