
Château de Charmes
Personnalités liées

Nicolas Chenivesse
Propriétaire
Repères
- Construction
- À partir de 990
Présentation
Charmes domine la vallée de l'Herbasse, dans la Drôme des collines, avec vue sur le Vercors. Le château se déploie moins en surface qu'en hauteur : plus de vingt-cinq mètres, quatre niveaux, un donjon qui abrite tour à tour une chapelle, une prison et un belvédère, et une centaine de marches à descendre pour rejoindre le rez-de-chaussée. Son propriétaire aime dire qu'il atteint à peu près la hauteur du château de la Belle au bois dormant à Disneyland.
L'histoire récente est autrement plus rude. Au passage à l'an 2000, le château est délaissé : portes mal fermées, pas de gardien. Il est saccagé, squatté, pillé pendant près de vingt ans. Les habitants du village, constatant les dégâts, craignaient l'incendie. Portes, cheminées, décors, vitraux armoriés, sols de tomettes du XVIIIe siècle : tout ce qui pouvait partir est parti. Les volets intérieurs ont été passés à la hache, les graffitis couvrent les murs de tout un étage.
Nicolas Chenivesse reprend Charmes à vingt ans. Il avait perdu ses parents coup sur coup et voulait, dit-il, se reconstruire en sauvant un monument meurtri. Le château était complètement vide, avec quelques matelas percés, des détritus et plusieurs dizaines de mètres cubes de gravats à évacuer. Dix ans plus tard, la plus grande partie du château est restaurée, meublée d'une importante collection de mobilier et d'objets d'art, habitée toute l'année, et ouverte au public. Le propriétaire y insiste : Charmes n'est pas un musée.
Le château est aujourd'hui proposé à la vente, et une partie de la collection doit être dispersée aux enchères.
Selon le château, un moine de Saint-Bernard à Romans élève dès 990 une tour de bois sur cette motte castrale, pour surveiller la vallée de l'Herbasse, le Pilat et la chaîne du Vercors. Au XIe siècle, ce Châtelard est remplacé par le donjon actuel, auquel s'ajoute au XIIIe siècle un logis qui en fait un véritable château fort, avec douves, pont-levis, porteries et basse-cour.
Sur la façade sud, dans l'angle, subsiste un blason en remarquable état de conservation : celui des Clermont, avec ses clés pontificales en sautoir, qu'on rattache à saint Amédée de Clermont, évêque de Lausanne, propriétaire des lieux.
Au XVe siècle intervient la grande figure du château. Ymbert de Bastarnay y rencontre à seize ans le dauphin, futur Louis XI. Une amitié se noue, le roi en fait son premier conseiller et son chambellan, trois autres rois lui confient de grandes charges jusqu'à François Ier, dont il élève les enfants. Il est le grand-père de Diane de Poitiers et fut proche de Léonard de Vinci.
Au XVIIe siècle, grâce à Jacques Coste de Simiane, ami de Nicolas Fouquet, ce géant de pierre se transforme en agréable château de plaisance. L'ancienne salle des gardes du donjon devient une chapelle, et la grotte artificielle du parc voit le jour. Un siècle plus tard, la famille Béranger du Gua prend la succession jusqu'à la Révolution. Au XIXe siècle, des décors sont réinterprétés par les émules de Viollet-le-Duc, notamment autour de la porte d'entrée. Puis, au XXe siècle, de nombreuses familles se succèdent, réalisant parfois des transformations peu appropriées, un bel escalier en forme de chaire d'église échappant de peu à la disparition. La volonté de transmission, dit le château, était bien souvent inexistante.
Les archives, qui ont été conservées, représentent cent cinquante mètres linéaires, courant de la pose de la première pierre jusqu'au début du XXe siècle. Elles ont notamment révélé que le grand salon était tendu de cuir de Cordoue doré, dont le soubassement du XIXe siècle garde le souvenir.
Le château suit un plan rectangulaire, avec une tour à chaque angle et un donjon carré flanqué au nord. Il est bâti sur la roche, ce qui explique une curiosité : les cuisines ne sont pas en sous-sol mais au rez-de-chaussée, faute de pouvoir creuser. Le propriétaire relève d'ailleurs la contradiction, puisque les fondations, elles, s'enfoncent à six mètres.
Le rez-de-chaussée s'organise autour d'un vestibule voûté. L'escalier d'honneur, percé au XVIIIe siècle et remanié au XIXe, porte une main courante en pierre de tuffeau et reçoit la lumière par des vitraux armoriés : en haut les armes de Savoie, en dessous celles du Dauphiné, pillées pendant l'abandon. Les cuisines, toujours en fonction et utilisées quotidiennement, ont gardé leur grande cheminée avec tournebroche, un potager à cinq feux et une pierre d'eau. On y expliquait aux visiteurs un système dont l'écologie n'avait rien à envier à la nôtre : les braises de la cheminée chauffaient les casseroles, la cendre tombait dans le cendrier et servait ensuite, dans le cuvier, à blanchir le linge par la potasse.
La restauration de Nicolas Chenivesse
Le château était vide. Le mobilier a été reconstitué à partir de biens familiaux, de dons, d'acquisitions et de la collection personnelle du propriétaire, passionné de mobilier, d'arts décoratifs et de peinture. Mais le plus singulier de ce chantier tient au travail de récupération.
Beaucoup d'éléments arrachés au château ont refait surface, parfois dix ans plus tard, par Internet et les réseaux sociaux. Une porte spectaculaire du grand salon, à décor en plis de serviette, avec des panneaux plus anciens remontés au XIXe siècle et des décors de chimère, a été retrouvée chez un marchand au moment même où le propriétaire faisait redessiner des portes neuves. Le médaillon central de la cheminée du grand salon restait une énigme, portrait ou trophée de chasse, jusqu'à ce qu'une photo du début du siècle dernier, envoyée par un internaute, révèle qu'il s'agissait de Pierre de Ronsard. Le buste a été rendu au château. Quant à Mélusine, arrachée pendant le squat, elle a été resculptée à l'identique d'après photographie.
C'est là qu'intervient la trouvaille la plus ingénieuse du chantier. La photographie donnait le dessin mais pas les volumes. Le propriétaire est donc allé scanner avec son téléphone, sur la cheminée de la chambre de Catherine de Médicis à Chenonceau, un décor semblable attribué à Jean Goujon, et le nuage de points obtenu a permis de restituer les reliefs manquants. Un travail à quatre mains, à quelques siècles de distance.
Ailleurs, les boiseries disparues ont été reproduites à l'identique, et des cheminées anciennes réinstallées à l'emplacement de celles qui avaient été démontées. L'une d'elles a été sauvée in extremis : repérée sur Internet dans un appartement genevois, elle devait finir à la benne le matin même. Le propriétaire est parti avec un camion et des bénévoles, l'a démontée au septième étage, et elle s'est révélée exactement aux bonnes dimensions.
Dans le parc, où la nature avait tout recouvert, deux à trois cents rosiers et cent cinquante arbres ont été replantés, en adaptant les essences à un climat méditerranéen qui remonte.
Tout n'est pas achevé, et le propriétaire ne s'en cache pas : il reste encore les dépendances, notamment, pour ceux qui me succèderont.
Charmes se visitait en visite libre, de la cave au grenier, avec des parcours à thème renouvelés chaque saison, des enquêtes, un Noël du château, des soirées aux chandelles, des séminaires et des mariages. Ouvert toute l'année aux groupes, il était le seul château privé de la Drôme à la fois meublé, habité et ouvert au public.
Le château est désormais proposé à la vente.
À l'occasion des Journées du patrimoine, sous le titre L'Apothéose d'une décennie, le château a dévoilé une dernière fois l'ensemble de ses décors et de sa collection dans leur écrin, avant la dispersion prochaine d'une partie de celle-ci par la maison de ventes Aguttes.
Le saviez-vous ?
Nicolas Chenivesse avait vingt ans lorsqu'il a repris le château.
Ferdinand Cheval, le facteur du Palais idéal, jouait dans le parc du château jusqu'à dix ans. Il est né à Charmes.
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Présentation
Charmes domine la vallée de l'Herbasse, dans la Drôme des collines, avec vue sur le Vercors. Le château se déploie moins en surface qu'en hauteur : plus de vingt-cinq mètres, quatre niveaux, un donjon qui abrite tour à tour une chapelle, une prison et un belvédère, et une centaine de marches à descendre pour rejoindre le rez-de-chaussée. Son propriétaire aime dire qu'il atteint à peu près la hauteur du château de la Belle au bois dormant à Disneyland.
L'histoire récente est autrement plus rude. Au passage à l'an 2000, le château est délaissé : portes mal fermées, pas de gardien. Il est saccagé, squatté, pillé pendant près de vingt ans. Les habitants du village, constatant les dégâts, craignaient l'incendie. Portes, cheminées, décors, vitraux armoriés, sols de tomettes du XVIIIe siècle : tout ce qui pouvait partir est parti. Les volets intérieurs ont été passés à la hache, les graffitis couvrent les murs de tout un étage.
Nicolas Chenivesse reprend Charmes à vingt ans. Il avait perdu ses parents coup sur coup et voulait, dit-il, se reconstruire en sauvant un monument meurtri. Le château était complètement vide, avec quelques matelas percés, des détritus et plusieurs dizaines de mètres cubes de gravats à évacuer. Dix ans plus tard, la plus grande partie du château est restaurée, meublée d'une importante collection de mobilier et d'objets d'art, habitée toute l'année, et ouverte au public. Le propriétaire y insiste : Charmes n'est pas un musée.
Le château est aujourd'hui proposé à la vente, et une partie de la collection doit être dispersée aux enchères.
Selon le château, un moine de Saint-Bernard à Romans élève dès 990 une tour de bois sur cette motte castrale, pour surveiller la vallée de l'Herbasse, le Pilat et la chaîne du Vercors. Au XIe siècle, ce Châtelard est remplacé par le donjon actuel, auquel s'ajoute au XIIIe siècle un logis qui en fait un véritable château fort, avec douves, pont-levis, porteries et basse-cour.
Sur la façade sud, dans l'angle, subsiste un blason en remarquable état de conservation : celui des Clermont, avec ses clés pontificales en sautoir, qu'on rattache à saint Amédée de Clermont, évêque de Lausanne, propriétaire des lieux.
Au XVe siècle intervient la grande figure du château. Ymbert de Bastarnay y rencontre à seize ans le dauphin, futur Louis XI. Une amitié se noue, le roi en fait son premier conseiller et son chambellan, trois autres rois lui confient de grandes charges jusqu'à François Ier, dont il élève les enfants. Il est le grand-père de Diane de Poitiers et fut proche de Léonard de Vinci.
Au XVIIe siècle, grâce à Jacques Coste de Simiane, ami de Nicolas Fouquet, ce géant de pierre se transforme en agréable château de plaisance. L'ancienne salle des gardes du donjon devient une chapelle, et la grotte artificielle du parc voit le jour. Un siècle plus tard, la famille Béranger du Gua prend la succession jusqu'à la Révolution. Au XIXe siècle, des décors sont réinterprétés par les émules de Viollet-le-Duc, notamment autour de la porte d'entrée. Puis, au XXe siècle, de nombreuses familles se succèdent, réalisant parfois des transformations peu appropriées, un bel escalier en forme de chaire d'église échappant de peu à la disparition. La volonté de transmission, dit le château, était bien souvent inexistante.
Les archives, qui ont été conservées, représentent cent cinquante mètres linéaires, courant de la pose de la première pierre jusqu'au début du XXe siècle. Elles ont notamment révélé que le grand salon était tendu de cuir de Cordoue doré, dont le soubassement du XIXe siècle garde le souvenir.
Le château suit un plan rectangulaire, avec une tour à chaque angle et un donjon carré flanqué au nord. Il est bâti sur la roche, ce qui explique une curiosité : les cuisines ne sont pas en sous-sol mais au rez-de-chaussée, faute de pouvoir creuser. Le propriétaire relève d'ailleurs la contradiction, puisque les fondations, elles, s'enfoncent à six mètres.
Le rez-de-chaussée s'organise autour d'un vestibule voûté. L'escalier d'honneur, percé au XVIIIe siècle et remanié au XIXe, porte une main courante en pierre de tuffeau et reçoit la lumière par des vitraux armoriés : en haut les armes de Savoie, en dessous celles du Dauphiné, pillées pendant l'abandon. Les cuisines, toujours en fonction et utilisées quotidiennement, ont gardé leur grande cheminée avec tournebroche, un potager à cinq feux et une pierre d'eau. On y expliquait aux visiteurs un système dont l'écologie n'avait rien à envier à la nôtre : les braises de la cheminée chauffaient les casseroles, la cendre tombait dans le cendrier et servait ensuite, dans le cuvier, à blanchir le linge par la potasse.
La restauration de Nicolas Chenivesse
Le château était vide. Le mobilier a été reconstitué à partir de biens familiaux, de dons, d'acquisitions et de la collection personnelle du propriétaire, passionné de mobilier, d'arts décoratifs et de peinture. Mais le plus singulier de ce chantier tient au travail de récupération.
Beaucoup d'éléments arrachés au château ont refait surface, parfois dix ans plus tard, par Internet et les réseaux sociaux. Une porte spectaculaire du grand salon, à décor en plis de serviette, avec des panneaux plus anciens remontés au XIXe siècle et des décors de chimère, a été retrouvée chez un marchand au moment même où le propriétaire faisait redessiner des portes neuves. Le médaillon central de la cheminée du grand salon restait une énigme, portrait ou trophée de chasse, jusqu'à ce qu'une photo du début du siècle dernier, envoyée par un internaute, révèle qu'il s'agissait de Pierre de Ronsard. Le buste a été rendu au château. Quant à Mélusine, arrachée pendant le squat, elle a été resculptée à l'identique d'après photographie.
C'est là qu'intervient la trouvaille la plus ingénieuse du chantier. La photographie donnait le dessin mais pas les volumes. Le propriétaire est donc allé scanner avec son téléphone, sur la cheminée de la chambre de Catherine de Médicis à Chenonceau, un décor semblable attribué à Jean Goujon, et le nuage de points obtenu a permis de restituer les reliefs manquants. Un travail à quatre mains, à quelques siècles de distance.
Ailleurs, les boiseries disparues ont été reproduites à l'identique, et des cheminées anciennes réinstallées à l'emplacement de celles qui avaient été démontées. L'une d'elles a été sauvée in extremis : repérée sur Internet dans un appartement genevois, elle devait finir à la benne le matin même. Le propriétaire est parti avec un camion et des bénévoles, l'a démontée au septième étage, et elle s'est révélée exactement aux bonnes dimensions.
Dans le parc, où la nature avait tout recouvert, deux à trois cents rosiers et cent cinquante arbres ont été replantés, en adaptant les essences à un climat méditerranéen qui remonte.
Tout n'est pas achevé, et le propriétaire ne s'en cache pas : il reste encore les dépendances, notamment, pour ceux qui me succèderont.
Charmes se visitait en visite libre, de la cave au grenier, avec des parcours à thème renouvelés chaque saison, des enquêtes, un Noël du château, des soirées aux chandelles, des séminaires et des mariages. Ouvert toute l'année aux groupes, il était le seul château privé de la Drôme à la fois meublé, habité et ouvert au public.
Le château est désormais proposé à la vente.
À l'occasion des Journées du patrimoine, sous le titre L'Apothéose d'une décennie, le château a dévoilé une dernière fois l'ensemble de ses décors et de sa collection dans leur écrin, avant la dispersion prochaine d'une partie de celle-ci par la maison de ventes Aguttes.
Le saviez-vous ?
Nicolas Chenivesse avait vingt ans lorsqu'il a repris le château.
Ferdinand Cheval, le facteur du Palais idéal, jouait dans le parc du château jusqu'à dix ans. Il est né à Charmes.



